Chronique, 13 juin
3. Mme de Tencin à d'Argenson. lettre du 4 juillet 1723 [14J.
100 MADAME DE TENCIX.
laMailly; il soupçonne que Richelieu et son amie veulent faire de la Tournelle une duchesse, et qu'un jour peut-être la comtesse de Maurepas restera debout près du tabouret de la petite cousine, dont elle méprisait jadis la pauvreté; il ira jusqu'à l'impossible pour éviter cet affront. Ce qui en fait une puissance, et une puissance redoutable, c'est qu'il a l'oreille du Roi ; il sait le désennuyer, lui rendre amusantes et courtes les séances du Conseil. Ses bons mots sont célèbres; c'est une caillette, futile et perfide, « incapable de suivre une idée ». Il mettra « autant d'entraves qu'il pourra sur le chemin » du cardinal de Tencin*.
Reste l'autre cardinal, « le Cardinal », Fleury le nonagénaire, toujours en vie et toujours g-ouvernant : « il continue la même conduite à l'égard de mon frère, écrit Mme de Tencin ; beaucoup d'amitié, de la confiance même, et puis c'est tout ». De succession plus un mot. Pourtant, « il faut toujours paraître n'aller que par lui » ; qui sait si son testament politique ne réserve pas à Tencin quelque bonne fortune inattendue^? Sa fin est proche, « il s'atfaiblit tous les jours » (33-4). Tencin l'entoure, le surveille, le prépare, et ne quitte g-uère Issy. C'est lui qui reçoit Sa Majesté, venue visiter le mourant; c'est lui qui fait entrer le confesseur, et qui
2. Mme de Tencin prêchait d'exemple; cf. la lettre qu'elle écrivait à Fleury le 6 septembre 1739, pour lui demander, sans succès d'ailleurs, de nommer l'un de ses cousins germains premier président au parlement de Grenoble, Appendices, n° 19 bis. Cette lettre indique, assez que les rapports étaient redevenus « affectueux » et « tendres » entre le premier ministre et son ancienne « exilée ».
assiste ù « la triste cérémonie » de rextrême-onction*. Il a déjà des airs d'iiéritier. Qu'aura-t-il de l'héritag-e? Tout, ou quelques miettes seulement? Les moins généreux lui réservent les alTaires ecclésiastiques et la feuille (les bénéfices ^ Fleury meurt le 29 .janvier 1743. Le Roi déclare le lendemain qu'il sera désormais son premier ministre, et distribue les autres charges du feu cardinal, comme si Tencin n'existait pas. La feuille même des bénéfices lui échappe, et passe au Mirepoix, Nouveau Moïse, il reste en vue de « la Terre promise ». Il ressent si vivemçnt l'humiliation de n'y point entrer, qu'il lui faut plusieurs saignées pour soulager son dépit^.
Je gagerais que sa sœur en fut malade. Nous le saurions par sa correspondance avec Richelieu, si le duc n'était revenu du Languedoc pour enterrer Fleury, et pour guider la favorite en ce pas dangereux. Mais elle ne voulait lâcher aucune de ses espérances; elle travaillait du moins à les reconstituer toutes. Quinze jours après la mort du cardinal, elle a coup sur coup, avec Maurepas, des entrevues mystérieuses, qui mettent la police en éveiP. Que purent s'y dire l'un à l'autre les deux ennemis? Quelle combinaison les rapprocha un instant? Mme de Tencin, qui n'apportait pas d'idéalisme dans ses amours, en avait moins encore dans ses haines. Elle aurait oublié volontiers son hor-