‹ Madame de TencinChapitre 80 sur 200 · etc., etc · texte numérisé non relu

etc., etc

méprisent tous deux. On fera saisir au cabinet noir, pour qu'elle soit montrée au Roi, une lettre qu'on aura « fait écrire à Wernck, envoyé du prince des Deux- Ponts, par une main inconnue, et où il y aura des phrases allemandes. Il faudrait, continue Mme de Tencin, l'écrire sur du papier de Francfort, et la faire mettre à la poste à Francfort. Voici à peu près comme j'imagine qu'il faudrait l'écrire :

Mon cher ami.

J'ai fait honneur à la vôtre. L'homme, qui avait fait des avances pour vous, est remboursé. Je vous prie de g-arder cette somme pour l'employer à quelques bagatelles de France, que je suis bien aise de me procurer et à quelques-uns de mes amis. Je ne sais que vous dire des affaires de Suède. Le ministre de France dans cette cour est comme ceux qu'elle a partout. On croirait, à voir comme on se gouverne en France, que les ministres agissent par l'impulsion de la reine de Hongrie. On dit tout haut ici qu'Amelot n'entend rien à sa mission, et qu'un autre ministre reçoit de belles et bonnes guinées d'Angleterre, pour laisser les Anglais en repos. Il y a, comme vous savez, cher ami, longtemps que je vous ai fait part des connaissances que j'avais; vous ne voulûtes pas y ajouter foi. Le temps vous fera I onnaître si je me trompais, etc....

On finira par la formule ordinaire, sans signer, parce qu'il est supposé que c'est un de ses amis intimes qui écrit à l'envoyé. Je fais réflexion que, comme on n'aura point vu de cette écriture à la poste, il faudra ajouter

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je suis incommodé de mon rhumatisme, ce qui m'a obligé de me servir de la main de mon fils* ». Mme de Tencin se persuadait que tous ces ingénieux petits papiers avaient des vertus infaillibles, rendraient aux uns Ténerg-ie, aux autres la confiance, montreraient à tous que son frère était l'homme nécessaire.

Mais comment aurait-elle pu y réussir, lorsqu'elle ne parvenait pas à convaincre l'intéressé lui-même? Ce qui me plaît chez le cardinal, ce sont ses retours de sincérité modeste, et ses aveux d'impuissance : « Tout le monde se trompe sur mon compte », avouait-il parfois ; on me croit profond et je ne le suis point (218). I^e fond de son tempérament est apathique. Sans sa sœur, il aurait une « parfaite indifférence pour toute sorte d'atlaires » : « En vérité, disait-il à Richelieu, tout compté et tout rabattu, on est heureux de ne se mêler de rien... Étrang-e pays que la Cour, s'écriait-il encore, et où je serais bien fâché de laisser mes os » ! Il est « extrêmement las, ennuyé, dégoûtj de tout »> ; et il rêve de se retirer fort canoniquement dans son diocèse ^. Sa sœur ne le lui permet pas. Elle lui cache les mauvaises nouvelles qui pourraient le déprimer, et supplie Richelieu de le soutenir, de l'encourager (155). Un jour qu'elle a écrit au duc en présence de son frère, elle rajoute, lui parti, un long- post-scriptum pour soulag-er son angoisse : « Je n'ai pu vous dire, mon cher duc, toutes mes craintes en présence de mon frère. Il n'y avait qu'un moment qu'il m'avait déclaré qu'il ne restait à Paris qu'à cause de moi, que sans cette considé-

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