‹ Madame de TencinChapitre 82 sur 200 · MO MADAME DE TENGIN · texte numérisé non relu

MO MADAME DE TENGIN

attirù l'attention sur les embarras financiers de la favorite, et cherché un expédient pour lui « faire un état convenable » (136), elle qui avait démasqué les jalousies de la Maurepas contre la future duchesse (144, 165), elle enfin, qui, grâce à son ami de Betz, avait pu fournir la solution élégante, le duché de Chàteauroux : « Ce duché, écrit-elle à Richelieu, est compris dans le bail des fermes, et ne diminuera pas d'un sou le bail en l'en retranchant et en le donnant à Mme de la Tournelle. Nous ne savons comment lui en faire faire la proposition . Voyez si vous voulez lui en écrire ou au Roi, ou si je le lui manderai par lettre anonyme, en lui marquant que, si la proposition lui convient, on enverra un mémoire pour l'instruire de ce qu'il faut faire. Mais il me semble qu'il convient mieux à tous égards que cette affaire passe par vous : on vous en aura obligation * ». La favorite eut donc le tabouret^ ; et, vengeance qui parut sans doute délicieuse à Mme de Tencin, ce fut Maurepas lui-même qui dut rédiger la déclaration de duché et ses considérants ^ Six mois plus tard, le Roi créait pour sa maîtresse un poste nouveau : la Chàteauroux était nommée surintendante de la maison de la Dauphine, comme jadis la Montespan avait été nommée surintendanle de la maison de la Reine. C'était indiquer aux courtisans et à tous ceux qui désiraient des places où se trouveraient désormais les faveurs.

i. Lettre du 4 octobre 1743, 223.

3. On trouvera la « déclaration » dans le livre des Concourt [154], 282; cf. encore lettre du 26 janvier 1744, 267 : « le préambule des lettres patentes est ridicule, c'est louvrage de Maurepas ».

Dans l'intervalle, la charg-e de premier gentilhomme de la chambre étant devenue vacante, le duc de Richelieu se voyait préféré aux Saint-Aig-nan, aux Ghatillon, aux Luxembourg-, aux La Trémoille, et obtenait le brevet tant convoité, qui lui donnait à la Cour Tune des premières influences. En cette affaire, Mme de Tencin n'était point restée inactive : elle avait trouvé au duc les 40000 livres qu'il lui fallait; elle avait tout arrangé, tout aplani ; « entre elle et son frère, ils en étaient venus à bout » '..

Ainsi la coalition Ghàteauroux-Richelieu-Tencin triomphait à Versailles. Il était impossible que le cardinal n'y g-agnàt point quelque chose. La favorite allait obtenir du Roi la démission d'Amelot. Sacrifier Amelot, c'était « crever un œil » au Maurepas; et Tencin trouvait à cette disg-râce un avant-goùt de vengeance^. Il aurait voulu y trouver une succession, qui ne vint pas; mais, sans la lui donner, le Roi lui livrait pour quelques mois la politique extérieure. Les projets du cardinal furent grandioses : il ne. ré va rien de moins qu'une descente en Angleterre et la restauration des Stuarts. Le rêve était tentant pour une imagination cathoUque ; il y avait aussi quelque noblesse, cinq ans déjà après avoir reçu le chapeau des mains d'un roi en exil, à ne pas l'avoir encore oublié. Ce ne fut qu'un beau dessein : les vaisseaux français, que Maurepas avait laissés pourrir, furent dispersés par la

1. Lettres du cardinal et de Mme de Tencin des 25 et 26 janvier 1744, 260, 263.

2. Lettre de Mme de Tencin du .19 avril 1744, 271. Le renvoi irAincIot étant du 27 avril, ne faudrait-il pas lire f9?

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première tempête' ; et, de cette ridicule équipée, il ne resta pour les Tencin qu'un g-rief de plus contre Faquinet (302). Le cardinal fut moins maladroit dans les nég-ociations prussiennes: sous la direction de Richelieu etdelaChàteauroux,il joua avec plus d'autorité le rôle qu'on avait, l'année précédente, confié à Voltaire, c'est-à-dire qu'il prépara entre Postdam et Versailles ce renouvellement d'alliance, qui devait amener sur le Rhin une si heureuse diversion, et permettre à Louis XV de faire en toute sécurité d'esprit sa chevauchée des Flandres.

Car le Roi avait cédé à sa maîtresse, qui rêvait de gloire pour lui. Puisqu'il faisait d'elle une Montespan, elle voulait qu'il fût un Louis XIV. Pendant que le traité avec la Prusse achevait de se conclure à Paris -, le Roi partait en g-rand appareil prendre la tête de ses armées, et voir tomber devant lui quelques bicoques flamandes \ Mme de Tencin exultait. On entrait donc enfin dans la grande politique : la sultane avait de l'énerg-ie, et le Roi une volonté. Ce fut pour elle quelques semaines de haute espérance : elle se donne tout entière à la favorite, avec cette ardeur passionnée qui est comme l'allure de son tempérament; on dirait presque qu'elle en oublie les intérêts de son frère, tant elle se fait ingénieuse et active pour servir ceu.x de la Châteauroux. Cependant, comme Richelieu a dû la mettre en garde contre son ardeur même, elle fait

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