MADAME DE TEN'CIX
me fâche, c'est que je ne la verrai i)eul-être jamais. Je vous écrirai, ou à elle par vous, tout ce que j'aurai à lui dire » '.
Ce qu elle avait à lui dire, c'est « qu'il fallait enfin que son frère obtînt quelque chose», la surintendance des postes, les Affaires étrangèi-es, la présidence de l'assemblée du clerg-é, ne fut-ce que l'abbaye de Saint-Bertin, mais du moins quelque chose, comme sig-ne visible de la faveur qui monte vers lui ^ Le cardinal lui-même s'enhardit, et écrit ingénument à Richelieu, peut-être sous la dictée de sa sœur : « Pourquoi le Roi ne met-il pas quelqu'un à la tête des Affaires étrang-ères? Je le dis comme citoyen, et sans intérêt; et, dans cet esprit-là, je vous prie de faire ma cour à Mme de Châteauroux. Je suis pénétré de ses bontés pour ma sœur et pour moi; nous lui sommes attachés l'un et l'autre comme à vous-même »^.
Ils allaient bientôt le lui montrer. Deux mois plus tard, le Roi tombait malade à Metz. On le crut mourant, on l'administra. Le P. Pérusseau, son confesseur, et M. de Fitz-James, évêque de Soissons, exig-èrent de lui le renvoi immédiat des deux sœurs, Châteauroux et Lauraguais. Le 14 août 1744, la favorite quittait Metz sous les insultes et les malédictions de la populace, et allait se terrer à Plaisance en attendant le dénouement. H fut autre qu'on le redoutait. Le Roi convalescent roug-it d'avoir cédé trop vite à des frayeurs
i. Lettre ilu 9 juin 1744, 334.
2. Lettre du 20 mars 1744 [4], 443-4, et lettres de mai-juillcst 1714 [2J, 304, 336, 370.