‹ Madame de TencinChapitre 88 sur 200 · Lettre du 12 juin · texte numérisé non relu

Lettre du 12 juin

dévotes. « Glorieux » et « bien-aimé », il trouvait dans « sa gloire » et dans « l'amour de son peuple » un encouragement à braver le scandale. Les amis do Mme de GhâteaUroux reprenaient espoir; les courtisans qui l'avaient conspuée préparaient leur conversion. Richelieu, pour rester fidèle, s'était compromis auprès du Roi, mais sa disgrâce avait peu duré; et sa rentrée en faveur en présageait une autre.

Qu'avaient fait les Tencin dans ce grand désarroi? Quand la Châteauroux revint à Paris, on savait la guérison du Maître; et Mme de Tencih pouvait prévoir sans peine que le Roi, très faible, reviendrait avant peu à ses anciennes amours. Il est donc vraisemblable qu'elle prit plaisir, pour une fois, à ne pas abandonner l'infortune. Mais, toujours pressée, elle ne supporte point que la disgrâce soit longue ; elle pousse la favorite à écrire au Roi ; « elle voudrait déjà que la lettre fût reçue », et que le Roi, repentant et amoureux, offrît à sa maîtresse toutes les satisfactions qu'elle réclamerait *. Cela ne tarda guère. Le Roi revenait à Paris le 13 novembre ; et dès le lendemain les négociations commençaient, car la Châteauroux exigeait des garanties, et voulait une rentrée triomphale. Les conseillers d'austérité, qui l'avaient emporté à Metz, furent congédiés sans retour, et, suprême humiliation, Maurepas fut chargé, le 25 novembre, d'annoncer luimême à la duchesse que « le Roi était bien fâché de tout ce qui s'était passé à Metz, et de l'indécence avec laquelle elle avait été traitée, qu'il la priait de l'oublier,

1. Mme de Châteauroux à Riclicli.u, lettre du 13 septembre 1744 [134], 379-380.

et que, pour lui en donner une preuve, il espérait qu'elle voudrait bien revenir prendre son appartement à Versailles » *.

Maurepas se résigna le jour même à porter ce douloureux message. A quels infinis espoirs Mme de Tencin ne dut-elle pas s'abandonner? Le mois précédent, Mme de Ghâteauroux écrivait à Richelieu : « Je suis enchantée du cardinal de Tencin » ^ Le cardinal pouvait tout attendre. Mais il ne s'attendait pas à ce qu'une vive et forte femme de vingt-sept ans fût à quelques jours de sa fin. Gomme sa sœur, Mme de Vintimille, la Ghâteauroux mourut brusquement, après d'atroces souffrances, le 8 décembre 1744. Tout le haut édifice, si patiemment construit par Mme de Tencin, croulait en cette courte agonie.

Elle ne se laissa point décourager par cette catastrophe ; et, sans s'attarder à des regrets, vieille femme déjà, elle partit au-devant de la future favorite, avec la même ardeur et la même confiance dans la vie. Derrière la Pompadour naissante, Mme de Tencin apparaît comme chaperon. Il y avait longtemps, d'ailleurs, qu'elle encourageait de « ses bons avis » la petite Poisson, et qu'elle lui montrait au loin un bel héritage à recueillir. Dans le peuple, on dit même qu'elle est sa « marraine •>, marraine expérimentée, devenue bien vite une amie, et qui lui souffle son rôle au jour des débuts'. Mais il était dans la destinée de Mme de

1. Mme de Ghâteauroux à la duchesse do Lauraguais, lettre du 2o novembre 1744 [154], 392.

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