‹ Madame de TencinChapitre 90 sur 200 · Lettre du 8 octobre · texte numérisé non relu

Lettre du 8 octobre

3. Marville à Maurepas, 8 avril 1746 et 8 mars 1747 [95], II, 280, 111,179.

de la politique ne suffisent pas à occuper celte âme fébrile; il faut qu'elle soit toujours en travail, toujours en lutte. Si nous connaissions mieux sa vie, nous serions sans doute étonnés par la multiplicité et la diversité de ses intrigues. On a vu sa chasse au ministère ; on voudrait pouvoir la suivre dans toutes ses chasses. Il est reg"rettable que son banquier n'ait point laissé de mémoires. L'histoire de sa fortune serait aussi instructive, je crois, que l'histoire de sa politique. Elle a peut-être autant peiné, combiné, machiné, pour devenir baronne de l'île de Ré, que pour conduire son frère au « grand objet ». Cette « ténébreuse afl'aire » est encore mal éclaircie, mais Mme de Tencin semble avoir travaillé avec une persévérance sans pitié à la malpropre et lucrative besogne qu'elle avait commencée vingt ans plus tôt. Ce qu'elle avait laissé échapper de la fortune de La Fresnais, les neveux de sa victime durent finalement le lui livrer. Par une série d'opérations notariales et de mesures judiciaires, où elle se cache derrière René Dupin, elle accule à la ruine les deu.\ orphelins Masseau; et, le 23 août 1743, la baronnie, terre et seigneurie, de l'île de Ré lui est adjugée '. Le même jour, elle écrivait à Richelieu, et lui parlait de ses fils, de ses amours, des mouvements de l'armée, de Voltaire, d'Amelot, du Roi et de quelques autres choses (154-0). Qui pourrait dire où s'étaient fixées ce jour-là, son attention, ses convoitises, ses énergies?

Plus elle a d'allaires, et d'aîlaires diverses, en chantier, — mieux elle satisfait les exigences de son tem-

1. Kcmmcrer, liisttla lihea [93 A], 106-8; Th. l'helippot, Étude sur la baronnie de l'île de lié [93 B], 441.

pérament, et plus elle se sent à Taise. Elle prend des billets à toutes les loteries, à celles qui donnent le pouvoir, à celles qui donnent l'arg-ent^ Elle prend des billets pour elle ; elle en [)rend pour-ses amis. La loterie du mariaye surtout la divertit. Parmi ses g-raves soucis politiques, elle s'amuse à conduire les autres là où elle n'est pas allée; marier les gens, c'est pour elle « un nouveau motif de s'y intéresser» (383), parfois aussi un sûr moyen d'étendre ou de doubler ses influences. Elle marie la fille d'Astruc avec M. de Silhouette — mariage difficultueux, mariage de combinaison et d'argent, s'il en fut-; elle marie la petite Dancourt avec le fermier général La Popelinière, qui voulait bien en faire sa maîtresse, mais non sa femme : on voit alors — contraste piquant — cette prêtresse de Cythère, intervenir près de Fieury, exciter Tindignation du vieil homme d'Église contre un séducteur « qui se joue de l'innocence, après avoir surpris la faiblesse et la bonne foi », La Popelinière épouser enfin sa protégée pour que le cardinal lui renouvelle le bail de sa ferme-'; il n'a pas dépendu d'elle que la fille de Mme Geoffrin, la future marquise de La Ferté-Imbault, n'ait épousé un de ses petits amis '; et je me demande si ce n'est pas elle encore qui a marié son neveu d'Argental avec cette demoiselle du Bouchet, qu'elle trouvait d'abord « bien aimable^ », et qu'elle

1. Elle avait pris plusieurs billets à la loterie do 1747 : cf. l'iron, Èpitres [85 A], VIII, 35.

t. Lettres à Richelieu, 8, ii2 mai et 27 juillet 1744, 284, 20G-7, 38.3.

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