Mme de Tcncin à Benoît XIV, lettre de janvier
se faire accompagner — qu'il eût été bien dommag-c que cet aimable enfant eût été abandonné ». — « Parlons, dit Mme de Tencin en se levant brusquement, car je vois qu'il ne fait pas bon ici pour moi ». Était-ce méchante humeur de femme énervée ou remords d'une maternité encore vivante? C'est de ce côté que penche la lég-ende, puisqu'elle fait répondre par d'Alembert, devenu célèbre, à celle qui aurait revendiqué trop tard les succès de son fils : « Je ne connais d'autre mère que la vitrière ». Mais, comme presque tous les mots historiques, celui-là n'a pas été prononcé : « Jamais, disait d'Alembert à Suard, je ne me serais refusé aux embrassements d'une mère qui m'eût réclamé ». Cette entrevue dans un parloir de pension fut donc leur seule rencontre: et le silence — un silence incompréhensible — se fit pour toujours entre la mère et l'enfant. Quand elle mourut, on prétendit qu'Astruc n'était qu'un héritier fictif, et qu'il devait tout remettre à d'Alembert. Supposition trop bienveillante ! Jamais fils ne disparut plus complètement, semble-t-il, de la mémoire d'une mère'. Ses enfants, c'était ceux de Richelieu, le petit duc de Fronsac et la future comtesse d'Eg-mont. Pendant les nombreuses absences de leur père, elle s'occupait d'eux maternellement, envoyait Astruc soig-ner leurs moindres bobos, visitait les bons Pères et les religieuses qui dirig-eaient leur éducation, les faisait sortir aux jours de cong-é, leur donnait à goûter du pain sec sans cerises, pour obéir à la Faculté, parfois même les gardait à ses dîners, pour les initier aux gentillesses et aux habiletés
1. Essais de mémoires sur M. Sîtard [li2], 449-151 : Collé, Journal 101], septembre 1751, I, 3iiÛ.