MADAME DE TEN'CIN
mondaines'. Le 2u Janvier 1744, alors que d'Alembert était déjà une jeune g•lo^re, elle éorivaitàson ami: « Je n'ai rien gagné de n'avoir point d'enfants; les vôtres me tourmentent autant que s'ils étaient les miens; dès qu'ils ont mal au bout du doig-t, je suis dans la plus grande inquiétude » (267).
Ainsi donc, « sans enfants », elle acheva de s'user parmi les adorateurs toujours plus nombreux, qui égayaient sa vieillesse et entretenaient ses illusions. Ils lui montraient dans un avenir lointain, si lointain même qu'il en devenait invisible, « le jour tardif de son apothéose », et lui disaient très tendrement :
Vis donc heureuse et vis longtemps, nyraplie adorée!
Elle ne devait point réaliser ces long-s espoirs. Malgré la science, et les soins, et l'amitié du génial" Esculape » qui veille sur elle « soir et matin »,
tient de ses jours le fil en bon état, et d'Atropos retarde l'attentat,
— elleétaitdevenue impotente, etne pouvaitplus quitter son fauteuil ; sa poitrine épuisée lui rendait la parole difficile; elle passait des après-dînées silencieuses à jouer au quadrille avec des amis fidèles ^. Plusieurs fois, on la crut mourante ^ Elle mourut enfin le
1. 27, 79, 8<), 17a. 317-8, 3f.7, etc., etc.; cf. i'iron, La Rose, pour Mlle de Richelieu [85 A], IX, 12.
2. Piron, Ëpîlres [85 A], VIII, 39 : A Mme de Tencin, sous le nom de Vénus ; 44-a, A la même, sous le nom de Dardinel ; 47, A la même en lui envoi/anl une hoî/e de quadrille.
3. Id., Id., VllI, 98 : L'Amitié médecin, A la convalescence de
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A décembre 1749, et fut enterrée à Saint-Eustache '. Il y a, dit-on, de dévotes vieilles filles qui laissent leur fortune à leur directeur. Pour elle, c'est à son médecin qu'elle se confessait; et ses neveux en furent pour leurs espérances 2. La malignité parisienne lui réserva des oraisons funèbres peu tendres, mais courtes^ : on commençait déjà à l'oublier. « Puisse-t-elle être au ciel, écrivit Benoît XIV au cardinal de Tencin ; elle parlait avec tant d'avantag-e de Notre modeste personne » 1 Et l'excellent pape, qui désirait garder le contact avec la vie parisienne, prenait soin d'ajouter: « Souvenez-vous que la bonne défunte nous envoyait les petits almanachs
Mine de Tencin ; cf. encore, Marville à Maurepas, 27 février 1746 [9a], II, 230.
1. Billet d'enterremenl [98], 8 : « Du 4. De Dame AIe.\andrine de Guérin de Tencin, chanoinesse de Neuville, Baronne de S. Martin de l'Isle de Ré, décédée rue Vivienne, âgée de 68 ans, à Saint-Eustache ».
2. Le cardinal fut le légataire universel, mais ce fut Astruc qui « capta et engloutit la succession, digne beau-père de M. de Silhouette » : cf. Hénault, Mémoires [106] 39o-6, et Collé, Journal, décembre 1749 [101], I, 111 : « Il n'y a qu'une voix sur cette spoliation. S'il (Astruc) ne l'a pas faite, du moins n'a-t-il eu aucune délicatesse, riche comme il est, d'environ un million, d'accepter 200 ou 240000 livres à quoi l'on prétend que montent le.s effets que lui a remis Mme de Tencin, dont quelques-uns des héritiers sont mal à leur aise, témoin M. d'Argental ».