CHAPITRE IV
LES ROMANS DE Mme DE TENGIN »
Les romans de Mme de Tencin étonneront peut-être le lecteur mal averti, et lui paraîtront fades à côté d'elle. N'aurait-il pas suffi qu'elle se racontât elle-même, pour nous attacher à son récit? Des «tranches de vie », quand cette vie a été si diverse, si riche d'émotions et de désirs, ne seraient-elles pas le plus passionnant des romans? Il nous semble même presque impossible que les souvenirs d'une réalité si prenante ne se soient pas imposés à son imag-ination, et que le roman n'ait pas été chez elle une transposition, plus ou moins inconsciente, de son passé. Ce sont là besoins de lecteur romantique, habitué à prendre la littérature comme un décalque de la vie. On chercherait en vain dans ses romans irréels et secs, pauvres de vice et de couleur, la femme cynique et hardie que fut Mme de Tencin. Ils sont anonymes, c'est vrai, comme s'ils cachaient un secret ou dérobaient une pudeur; et, sur deux d'entre eux, elle a placé en première page des dédicaces énigmatiques qui semblent promettre des aveux ^ Mais ces dédicaces, même sin-
1. Dans ce chapitre, les citations des romans de Mme de Tencin sont empruntées à l'édition Garnier [34].