Cf. Appendices, n»» 24 et
cères, sont avant tout ruses d'auteur pour éveiller les curiosités; etcet anonymat s'imposait alors aux femmes écrivains, aux femmes de qualité surtout. Rappelonsnous que la marquise de Lambert, quand elle vit imprimés les Avis d'une Mère à sa Fille, « se crut déshonorée : Une femme de condition faire des livres! comment soutenir cette infamie' »! Ni Mme de La Fayette, ni Catherine Bernard, ni Mme d'Aulnoy, ni Mlle de Lussan n'ont inscrit leurs noms sur la couverture de leurs œuvres. Mme de Tencin a fait à ces convenances mondaines le même sacrifice de célébrité, sacrifice provisoire du reste, car ces secrets ne se g-ardent guère ; mais, comme l'imagination du public aime toujours supposer quelque collaboration masculine dans un gi-and succès féminin, — à elle aussi on a donné des Segrais- : d'Argental et Pont-de-Veyle auraient travaillé avec leur tante, et partageraient avec elle le modeste lot de gloire que représentent encore aujourd'hui les Mémoires du comte de Comminge et Le Siège de Calais '. On doit
\. Fontenellc, Éloge de la marquise de Lambert, Œuvres de Fonlenelle, édition Salmon et Pcytieux, 1823, 5 vol. in-8, t. II, p. 403.
2. Si l'on en croit les « on dit » contemporains, Segrais. qui a signé Zaïde, aurait collaboré aux autres romans de Mme de La Fayette, Fontenelle à ceux de Mlle Bernard; Cliapelle serait l'auteur de la Comtesse de Savoie; Mlle de Lussan se serait fait aider par l'abbé de Boisniorand pour ses Anecdotes de lu Cour de Philippe-AuyusIe, par Hamillon pour ses Anecdotes de la Cour de Ckildéric, etc.
3. « J'ai vu une lettre écrite de la main de M. de Pont-de-Veyle, dit l'abbé de Laporte.dans laquelle il assure positivement les avoir fait en collaboration avec sa tante » [118], III, 224. C'est sans doute d'après cette même lettre que Laporte croit pouvoir altribuer à I*ont-de-Veyle, Les Malheurs de l'Amour, Id., 27.'i. Le plus
accueillir ces informations avec plus que de la défiance: « Vous ne connaissez pas d'Arg-ental, écrit-elle un jour à Richelieu ; c'est une âme de chide, qui est incapable de prendre part aux choses qui ont quelque sérieux ; ... 11 n'est capable de rien que de nig-auderies et de faiblesse ' ». On admettra peut-être que, si l'auteur du Siège de Calais avait voulu se chercher un collaborateur, elle l'eûtchoisi moins « nig-aud ». Quant à Pont-de-Veyle, les bluettes dramatiques qui nous sont parvenues sous son nom — spirituelles, d'ailleurs, et fort propres à divertir un salon ^ — ressemblent trop peu aux romans « sensibles » de Mme de Tencin pour qu'on puisse retrouver entre ceux-ci et celles-là quelque affinité littéraire. Je me rappelle aussi, qu'ayant un jour reçu de Mme de Lauraguais la mission délicate de composer pour elle une lettre au Roi, Pont-de-Veyle s'en fut trouver Mme de Tencin, pour qu'elle lui fît la lettre'. S'il avait écrit /.e Siège de Calais, je serais tenté de croire qu'il n'aurait pas ce jour-là recouru aux talents de sa tante. Je ne donne point l'arg-ument comme décisif;
souvent on borne la collaboration des neveux et de la tante à Comminge et au Siè(/e de Calais : cf. Hénault [37] et Quérard, La France littéraire, IX, 308. Le même Quérard accepte encore l'attribution à d'Argental dos Anecdotes d'Edouard ll\ mais ne semblet-ilpas inadmissible que d'Argental, vivant, eût laissé achever par une autre le livre dont il aurait été l'auteur? — Je ne signale que pour être complet « l'incroyable » erreur de Dorât [113], 14, qui attribue Comminge à la comtesse de Murai; cf. Grimm, Correspondance liltéraire [103], VI, 134.