‹ Madame de VandeuilChapitre 17 sur 19 · LB CONCERT · texte numérisé non relu

LB CONCERT

dès Trois chats qui miaulent , mon ami Jacques ékail d'une humeur de sanglier. Las d'entendre parler musique, un beau matin il attela Bergère, qui entrait à peine en convalescence, et nous partîmes au petit trot, lui jurant bien de ne jamais remettre les pieds dans cette ville de malheur, et moi emportant un des plus charmants souve^ nirs que devait me laisser ma jeunesse. Aussi vous ai-je toujours défendue contre les railleurs, ô ville aux remparts crénelés I Aussi m'apparais^ sez*vous toujours pleine de grâces et d'harmonies, 6 cité que Pétrarque aimait ! Je n'ai jamais écrit votre grand nom qu'avec respect , 6 Garpentras, et, tant que je vivrai, vous aures une plume amie pour répondre à vos détrac* teurs.

Notre voyage s'acheva comme il avait commencé , l'un rêvant, l'autre fumant. Nous visitâmes Ntmes, Arles, Montpellicar, Marseille.

Nous eûmes la douleur de perdre Bergère à Alais; la noble bête creva sur la paille. Après avoir terminé ses affaires et recueilli çà et là quelques milliers de francs qui lui revenaient de l'héritage d'une vieille tante, l'ami Jacques acheta un petit cheval qu'il baptisa du nom de Bistouri, en mémoire de son premier maître, chirurgien terrible et barbare , et nous retournâmes à notre village

avec ce nouveau compagnon. C'était un animal aux jarrets moins solides que ne l'étaient ceux (Je la défunte (c'est Bei^ère que je veux dire), entêté , capricieux , fantasque , ne se gênant pas pour flâner le long des haies vives et se rouler gaiement dans la poussière du chemin, buvant à tous les ruisseaux, (^ndant tous les gazons, ruant, reniflant, gambadant, portant an vent, au demeurant le meilleur fils du monde. Ainsi , je m'en revins comme j'étais allé; mab ému , mais troublé, plongeant un regard avide dans toutes les chaises de poste qui filaient près de nous sur la route, et rapportant dans mon cœur des voix confuses et de vagues images qui ne s'y trouvaient pas au départ. Bistouri nous versa trois fois dans des fossés, et nous arrivâmes sans plus d'accidents au pays.

L'année suivante , on me mit la bride sur le cou et on me lâcha dans Paris. Je hantai l'Opéra, les concerts ; mais la voix que je cherchais , je De l'entendis nulle part, si ce û'est dans mes songes où je l'entendais toujours. Tout ce que je vis me sembla terne et froid. Les talents les plus admirés me faisaient sourire ; les chants les plus applaudis me trouvaient distrait et indifférent; les idoles des loges et du parterre; me paraissaient indignes des ovations qu'on leur |jlé-

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