LE DUC DE PBNTHIÈTRE
aurait pu se complaire dans les jouissances d^un légitime orgueil ; mais c'était vers d'autres joies et vers d'autres félicités que le portait son cœur. . En 1744, il avait épousé une princesse de la maison d'Esté, fille ainée du duc de Modène. Elle était jeune et belle ; tous deux s'aimaient d^un grand amour. Sa mission accomplie, le prince quitta la Bretagne et revint à Rambouillet chercber près de sa mère et de son épouse le seul bonbeur dont il fût avide, le bonheur d'aimer et de se sentir aimé. Il ne trouva que le désespoir et les larmes. En moins de quelques années, il eut trois fils et une fille, fleurs à peine écloses, moissonnés au berceau. En 1754, M"'® de Penthièvre mourut en couches, à l'âge de vingt-sept ans, et l'infortuné prince suivit du même pas le double convoi de son épouse et de son enfant. Dès lors ce fut fini, dans cette âme naturellement portée à la mélancolie, de toute joie et de tout bonheur. 11 voyagea. Mais on a beau fuir les lieux où l'on a souffert, on ne se fuit pas soi-même, et l'on traîne partout le trait fatal à son cœur saignant. La religion seule le consola, et aussi le bien qu'il répandit à profusion autour de lui. Les distractions que le vulgaire cherche ordinairement dans le tourbillon du monde et dans l'étourdissement des plaisirs, il les chercha, lui, dans la piété.
LE DUC DE PENTHIÈVRE. tS9
daD8 la bienfaisance et dans la venu ; nulle piété ne futplu8 douce, nulle vertu plus vigilante, nulle main royale n'essuya plus de larmes et ne versa plus de bienfaits. Ses libéralilés durent plus d'une fois humilier la couronne, et pourraienf encore aujourd'hui servir de leçon aux rois. Phis heureux que Titus, jamais il n'eut à regretter d'avoir perdu une journée. Celui-là fut véritablement le père des pauvres et des affligés. Ainsi , il est de saintes douleurs qui, pareilles aux orages qui fécondent la terre, s'épandent sur ce qui les entoure en bénédictions de tout genre. Cependant la destinée lui réservait de nouvelles épreuves. En 1766, la comtesse de Toulouse rendit le dernier soupir entre les bras de son fils. Deux ans après ce nouveau malheur, le prince de Lamballe mourait à vingt et un ans entre les bras de son père. On sait quels bruits ténébreux coururent sur celle fin prématurée : toujours est-il que, le \^^ janvier de Tannée suivante, fut déclaré le mariage du duc de Chartres avec M**® de Penthièvre, désormais unique hérilière des biens immenses de sa famille. Meurtri par tant de coups et saignant de tant de blessures, certes le duc de Penthièvre put croire alors qu'il avait épuisé la part d'infortunes que le ciel assigne à chacun ici-bas, et cependant il devait, quelques