CHAPITRE PREMIER
Pag-e 1. Notre source fondamentale pour cette étude est, évidemment, l'œuvre de Rousseau, les Confessions surtout. Si cette histoire, que tant d'autres déjà ont fouillée en des études éparses et incomplètes, nous tâchons de 1p ramasser en un travail d'ensemble, et qui restait à faire, c'est justement parce qu'en l'élucidant on arrive à jeter aussi plus de lumière sur celle de Rousseau, à mieux comprendre « grâce à ces précisions nouvelles, une des âmes les plus déconcertantes et les plus troublantes de l'histoire humaine, et, au travers de cette âme, quelques-uns des livres qui ont le plus fortement ému la conscience moderne». \|me de Warens nous a laissé, elle aussi, ses Confessions. On les trouve insérées dans la Vie de son protecteur. Monseigneur de Bernex. L'auteur de cette Vie, qui était loin de soupçonner la sufïisance et l'hypocrisie de sa pieuse héroïne, s'avisa, heureusement pour nous, d'aller l'interviewer lui-même dans sa maison des Charmettes. C'est là qu'il dit avoir eu l'honneur de la saluer au mois d'avril de 1742. Les détails qu'il nous rapporte, il les tient donc de sa bouche. Il reçut même de ses hôtes un mémoire très habilement composé qu'il suivit assez fidèlement dans son ouvrage. Ce mémoire est parmi les œuvres de Rousseau. Mais il est évident que Jean-Jacques s'est borné à parer de la beauté du
style les pensées que lui dictait sa maîtresse. Outre les Confessions de Rousseau nous avons donc la Vie de M^ de Rossillion de Bernex cvêque et prince de Genève^ Paris 1751, par Boudet, passim, surtout tome II, pag. 119 et suiv., et le Mémoire remis (par Rousseau), le 19 avril i742^ à M. Baudet^ Antonin, qui travaille à V histoire de feu M. de Bernex ^ évêque de Genève. Ajoutez le témoignage d'un contemporain, la Notice de M. de Conziè des Charmettes sur M">e de Warens et J.-J. Rousseau que publia, en 1856, Ch. Guillermin, dans les Mémoires et documents p. p. la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, tome I, P" série. Quant au sujet spécial de ce chapitre, la jeunesse de M'ne de Warens, une foule de documents ont paru çà et là, dans de précieuses études. Voir l'ouvrage magistral d' Albert DE MoNTET, Madame de Warens et le pays de Vaitd, Lausanne 1891, tome III de la sec. série des Mémoii'es et documents p. p. la Société d'histoire de la Suisse romande, pag. 1-254 (importante surtout la lettre de M. de Warens à M. de Middes, parue, d'abord, dans la Revue Suisse de 1884); l'article de A. Glardon, Le piétisme à Vevey au XVIII^ siècle^ dans le Chrétien Evangélique^ Lausanne 1893; l'étude d'EuGÈNE Ritter, Magny et le piétisme romand^ qui occupe les pages 257 à 324 du tome qui contient l'ouvrage d'A. de Montet et dont on retrouve les idées principales dans le dernier chapitre du beau volume, La famille et la jeunesse de J. J. Rousseau, Paris 1896; la série d'articles d'A. de Montet dans la Revue historique vaudoise de 1898-1899; le recueil de F. Mugnier, Nouvelles lettres de M""" de Warens, dans les Mémoires et documents p. p. la Société savoisienne d'hist. et d'arch., 2""" série, tome XIII, Chambéry 1899, p. 425-568. - l»a^e 10, ligne 18 : M. de Middes et M. de Bochat ayant écrit à leur parent M. de Warens qu'il fallait faire imprimer un manifeste et le faire passer en Savoie, pour dévoiler tout entière la conduite de sa « déserteuse », M. de Warens s'empresse de répondre : «Je suis du même avis et persuadé de votre prudence, je m'en raporte à ce que vous jugerez à propos à cet égard. Sa conduite vous est connue. Vous en trouverez le détail d'une partie dans la requête que je présentai à LL. EE. au sujet de cette mau-
dite aliaire et qui doit être parmi mes papiers. Seulement ajouterai-je ici quelques circonstances dont vous ferez l'usage que vous jugerez à propos». - Pag-e 18, ligne 28: Que M""5 de Warens ait exercé une influence considérable sur le développement des idées religieuses de Rousseau, c'est ce qu'on trouve répété dans le livre de G. Vallette, Jean-Jacques Rousseau genevois, Paris-Genève 1911, pag. 46 et dans le récent volume de William Cuendet, La philosophie religieuse de J.-J. Rousseau, Genève 1913. Voyez aussi Emile Couvreu, Jean-Jacques Rousseau et Vevey, dans la Bibliothèque universelle et Revue suisse, a. CXVII, tom. LXVII, pag. 81-108. Mme de Warens a certainement instruit J.-J. dans les pratiques catholiques: elle y était obligée par son métier. Mais ce n'est pas d'elle que Rousseau tient sa philosophie religieuse. L'esprit religieu.x que fut Rousseau s'épanouit loin d'elle et contre elle, dans la solitude des Charmettes d'abord, et, depuis, dans les différentes Charmettes qu'il lui fut donné de rencontrer sur sa route. Pour Rousseau, M^e de Warens fut lo catholicisme. On peut accepter, en une certaine mesure, ce qu'il a dit dans s% troisième Rêverie: «Enfant encore et livré à moi-même, alléché par des caresses, séduit par la vanité, leurré par l'espérance, forcé par la nécessité, je me fis catholique, mais je demeurai toujours chrétien; et bientôt gagné par l'habitude, mon cœur s'attacha sincèrement à ma nouvelle religion. Les instructions, les exemples de M™" de Warens m'affermirent dans cet attachement ». Mais pour prendre conscience de sa religion à lui, pour arriver à la Profession de foi du Vicaire Savoyard, il a dû s'émanciper de ses attaches catholiques. - Pag^e Hi), ligne 5: Cette lettre a été publiée par A. Glardon, art. cit., pag. 16-17. Elle a été partiellement reproduite par E. Ritter, La fam. et la jeun, de J.-J. R., pag. 250-1, et par Montet, Doc. inéd. VI, pag. 332-333. Fr. Mugnier l'a reproduite à son tour das ses Nouv. lett.,Tpag. 425. Elle n'est pas datée. - Pagre 33, ligne 11: Si le Conseil de Vevey accorde la bourgeoisie à M. de Warens, c'est surtout « grâce aux bénéflcences tant de lui que de noble et vertueuse Françoise- Louise de la Tour, son épouse, ancienne bourgeoise de Vevey, envers les pauvres de cette ville». Voir Montet, M"^'^ de W. et
le pays de Vaud, pag. 44-45. - Pagre 34, ligne 25: Dans son opuscule Jean-Jacques à M. SfervanJ sur des réflexions contre ses derniers écrits, Lettre pseudonyme, Genève, 1784, la marquise de Saint-Chamond insista sur l'isolement moral où vécut M"* de Warens et rejeta la responsabilité de ses erreurs sur son mari et sur sa famille qui l'ont trahie et répudiée.