Confessions, livre XU
recueil qu'a fait le respectable auteur du Philosophe chrétien, des sentences contenues dans votre Héloise qu"il a intitulé : L'Esprit de Julie. J'en fais mon vade mecum, car je ne me rassasie point de le relire. D'abord, parce que ces pensées, dictées par vous, charment mon cœur, persuadent mon esprit et me paroissent élever mes idées et annoblir mes sentiments.
On me mande de Turin qu'un père Jardy travaille à la critique de votre Emile, je n'en suis pas fort en peine, cela donnera un nouvel éclat à vos préceptes. Si vous en étiez curieux je vous la procurerai aussitôt qu'elle éclora. Donnez moi des nouvelles de votre santé, mon cher ami, qu'on m'a dit être toujours dérangée, vous me devez ce tribut, étant autant que je le suis tout à vous de cœur et d'àme.
Conzié.
Si vous me répondez, mettez votre lettre sous l'adresse de M. Touchay à Genève.
Le projet de Jean-Jacques d'aller revoir Chambéry, les Gharmettes, les anciens amis et de s'agenouiller sur la tombe encore fraîche de Lémenc était sérieux : mais la route directe, par Genève, lui était comme interdite.
Le 11 mars 1763, il écrit de Motiers au prince de Wittemberg :
... J'ai pris en dégoût ce pays et ses arrogants ministres. Je puis, s'il le faut, rester par devoir devant l'orage, mais quand il sera calmé je veux m'en aller. Je balance entre deux choix : la Savoie s'il se peut, et Venise; car, pour l'Angleterre elle est trop loin. Mon inclination est tout entière
pour la Savoie; mais cela ne dépend pas de moi. Il faudra voir ce que pourra faire M. de Conzié. Je ne me souviens pas si je lui ai recommandé le secret; mais si j'y ai manqué, j'ai eu tort, car il est de la plus grande importance . Pour mieux le couvrir, je voudrais laisser transpirer mystérieusement celui de Venise... Mon dessein même en cas de retraite, est de côtoyer le lac ' et d'aller jusqu'en Valais, comme pour passer en Italie, puis de couper à droite dans les montagnes pour entrer par le Val d'Aoste ou la Tarentaise. Malheureusement je ne sais pas ces chemins-là... J'aurai le temps de ruminer tout cela jusqu'à la helle saison... Je suis extrêmement tenté de changer de nom et de disparaître pour le reste de mesjours, de dessus la face de la terre 2.
Rousseau avait espéré que le Conseil de Genève rapporterait le décret de prise de corps. Lorsqu'il voit qu'on le maintient, son indignation est à son comble. En avril 1763, il s'écrie : « la rage des Genevois est inconcevable » ! et le 12 mai, il notifie à M. Fabre, premier syndic, sa renonciation à son droit de bourgeoisie et de cité dans la ville et république de Genève.
J'abdique à perpétuité mon droit de bourgeoisie.. . Mais, monsieur, ma patrie, en me devenant étran-