E. Ritter, la Famille de Jean-Jacques
2. Bossey, actuellement commune savoisienue, appartenait alors à Genève.
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Jacques n'avait pas alors huit ans seulement, comme il le déclare, mais au moins dix ans et demi et il était vraiment trop âgé pour que la rigide sœur du ministre lui donnât le fouet. Il avait un peu plus de douze ans, lors de la mésaventure qu'il attribue à mademoiselle Lambercier, au moment du passage du roi de Sardaigne, car le voyage de Victor-Améclée II le long du Salève eut lieu le 23 août 1724 '.
Bientôt les deux cousins revinrent à Genève et rentrèrent chez Gabriel Bernard où vivait aussi David Rousseau, grand-père de Jean- Jacques, qui mourut presque centenaire 2.
Cependant il fallait songer à apprendre un métier. Jean-Jacques fut placé chez M. Masseron, greffier de la ville, qui dut le renvoyer. « Il fut prononcé par les clercs de Masseron, dit Rousseau, que je n'étais bon qu'à mener la lime. » On le mit donc en apprentissage chez un jeune graveur, Abel Ducommun.
Rousseau y entra le 26 avril 1725. On lit dans le contrat d'apprentissage du 1er mai suivant, que le maître « promet de lui apprendre sa pro-
I. E. Ritter. Jean-Jacques et le Pays romand, p. 19. :2. En 1738, par extinction de nature, âgé de quatre-vingtseize an? et neuf mois (Th. Heyer).
fession cle graveur, en tant, toutefois, que ledit apprenti la pourra comprendre, de nourrir et coucher ledit apprenti et l'élever et instruire en la crainte de Dieu et bonnes mœurs, comme il est convenable à un père de famille ! ». Jean- Jacques, à son retour de Bossey, ne resta donc que fort peu cle temps chez son oncle Bernard. Gela ne l'empêche pas de dire qu'il y demeura deux ou trois ans, « apprenant les Éléments d'Euclide et le dessin en même temps que son cousin et ne laissant pas de payer, comme il était juste, une assez forte pension ».
C'est pendant ces « deux ou trois ans de liberté » chez son oncle, que Rousseau serait allé de temps en temps voir son père à Nyon où il s'était établi et avait repris sa profession d'horloger.
Nous savons maintenant qu'il était en apprentissage dès la fin d'avril 1725; d'autre part, son père se remaria à Nyon le 5 mars 1726 avec Jeanne François de trois ans plus âgée
1. E. Ritter, Jean-Jacques et le Pays romand, p. 27. Abel Ducommun se maria le 17 novembre 1726. Le contrat d'apprentissage avait été conclu par Gabriel Bernard, en qualité de procureur d'Isaac Rousseau; il s'était même porté caution des engagements du père et du fils à l'égard du maître graveur.
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que lui et qui possédait peut-être quelque bien. Ces deux circonstances réunies rendent assez invraisemblables ses amourettes avec mademoiselle de Vulson et mademoiselle Goton '. La manière, dit-il, dont il fut traité par Abel Ducommun le réduisit rapidement, par l'esprit ainsi que par la fortune, à son véritable état d'apprenti.
Le maître était rustre et violent... La plus basse polissonnerie succéda à mes aimables amusements. Il faut que, malgré l'éducation la plus honnête, j'eusse un grand penchant à dégénérer, car cela se til très rapidement...
Rousseau resta près de trois ans chez le graveur. II le satisfit peu et en fut assez souvent maltraité. Il y occupait ses moments de loisir, et même, quand il le pouvait, ses heures de travail, à lire de méchants romans. Parfois il lui arriva de découcher parce qu'il s'oubliait à la promenade et ne revenait à Genève qu'au moment où les portos étaient déjà fermées. Lorsqu'il rentrait le matin, le maître lui infligeait une violente correction. C'est pour échapper à ce châtiment, qu'étant arrivé en retard