‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 22 sur 139 · Confessions, livre IV · texte numérisé non relu

Confessions, livre IV

2. Suivant la coutume de l'époque, madame Galley avait eu à peu près un enfant chaque année. Elle accoucha du treizième, trois mois après la mort de son mari. Huit de ses enfants moururent en bas âge. Les fils étaient Joseph-Marie, né en 1718 et Bernard né en 1721, qui seul survécut. Claudine épousa le 10 novembre 1739, le sénateur Jacques Sautet. avec une dot de trois mille livres. Charlotte Bernardine se maria le 23 février 1745 à Joseph-René de Lhoslan. et, le 20 mai 1759, Jeanne-Rose devint la femme de Pierre-Gabriel de Sion, baron de Saint-André.

Voici l'acte de naissance de Claudine :

Du 27 juin ,1710 est née et du lendemain ;i été baptisée demoiselle Claudine, fille de noble François de Galley, conseipmeur du la vallée des Clcz et de demoiselle Charlotte de Menthon-Dumarest, sa femme

légitime; le parrain a été M. Paul de Menthon, seigneur du Mares du

Thônes le 27 juin 1710: la seconde, Jeanne- Rose, le 29 mai 1712; la troisième, Charlotte- Bernardine, le 17 juin 1717. Il ne peut s'agir, dans le récit de Jean-Jacques que de l'une des deux premières, très probablement de Claudine, venue à la ferme de Thônes pour remplacer sa mère, que la surveillance des autres enfants, tous encore aux écoles, retenait à Annecy.

L'aînée de la famille était seule assez grande fille pour chevaucher ainsi par une belle journée d'été. Elle en profita pour fêter son vingtième anniversaire. L'heureuse rencontre que Rousseau fit des deux amies doit être regardée comme l'événement le plus complètement agréable dont il ait gardé le souvenir.

Mademoiselle de Graffenried était encore une « nouvelle convertie ». Si Rousseau ne s'est pas trompé sur son âge, elle n'aurait eu que vingt-un ans, en 1730. Elle s'était attachée à la famille de Galley dont la maison d'Annecy était rue Perrière, cette rue petite et déserte où Jean-Jacques alla faire le guet pour essayer de

Bouclict, conseigneur en la vallte des Clez et la marraine demoiselle Jeanne-Claudine de Lallée, épouse de M. Jean-Baptiste de Menthon, seigneur de la Baline, baron de Gruffy. Ainsi est. — Signé : de Lachinai.,. Plébain (Registres parois s. de Thônes, et Arc/i. du sénat de Savoie).

revoir Claudine Galley. Il n'y réussit pas, mais il entretint dès ce moment une correspondance avec mademoiselle de GrafYenried.

En 1732, la jeune Bernoise se réfugia au second monastère de la Visitation, et plus tard chez les Bernardines (Cisterciennes réformées) de Bonlieu, où elle mourut le 27 janvier 1748 '.

C'est le lendemain du voyage à Thônes, que, grâce à Venture, Rousseau aurait fait ample connaissance avec le juge-maje Simond dont il a tracé un portrait spirituel et vivant. Le sujet y prêtait; mais Jean- Jacques se trompe un peu lorsqu'il dit que le magistrat l'avait déjà vu plusieurs fois chez madame de Warens. C'eût été assez difficile, car Jean-Baptiste Simond, qui remplissait depuis plusieurs années les fonctions d'« avocat des pauvres » auprès du sénat de Savoie, ne fut nommé jugemaje d'Annecy, c'est-à-dire président du tribunal, que le 17 janvier 1730. Ses patentes ne furent enregistrées au sénat que le 10 mars suivant, et ce n'est qu'après cette date que,

1. Le monastère de Bonlieu était encore alors au faubourg de Bœuf à Annecy; en 1754 il fut transféré au sommet de la promenade du Pàquier, en face du lac (Mugnier, Histoire des abbayes de Sainte-Catherine et de Bonlieu. p. 246; — Th. Dufour, Revue savoisienne, juillet 1878).

s'étant installé à Annecy, il put y fréquenter la chambre de parade de la baronne !.

« M. le juge-maje n'avait assurément pas deux pieds de haut », écrit Rousseau. C'était bien peu; Jean-Jacques s'en est avisé, et sur son second manuscrit a mis trois. Il aurait pu augmenter encore.

Quant à mademoiselle Merceret, elle n'était pas tout à fait fribourgeoise comme Rousseau l'a dit deux fois. Son père, Jean-Baptiste-Hyacinthe Merceret, était né à Salins en Franche- Comté vers 1681. Il exerçait la profession d'organiste et enseignait l'orgue aux enfants de chœur, il était aussi quelque peu facteur d'orgues. En 1706, il se rendit à Fribourg (Suisse) et adressa au Petit-Conseil une demande qui ne put être accueillie. Cependant on lui permit d'exercer son art et de l'enseigner à

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