DR CAROLI
A Turin, ce 28 septembre 1131.
C'est ainsi que dans l'État parfaitement réglé du roi de Sardaigne les mesures administratives suppléaient à la lenteur ou aux lacunes de la justice ordinaire. Et la crainte des cachots de Miolans, de Geva ou de Pignerol d'où Ton ne sortait guère une fois qu'on y était enfermé, retenait les esprits indisciplinés 2.
En revenant de Paris, madame de Warens s'arrêta quelques jours à Lyon, chez son amie,
1. D'après l'original aux archives de la famille de Mouxy, à Rumilly.
2. Voir Miolans, Prison d'État, par A. Dufour et F. Rabut ;iu tome XVIII des Mémoires de la Société' savoisienne d'histoire. On compte huit femmes dans la longue liste des prisonniers de Miolans.
mademoiselle du Chàtelet. Le comte Maffei craignait, avons-nous vu, que voulant mettre à profit ce qu'elle avait appris, elle n'allât en Suisse se faire pardonner son apostasie en révélant la conspiration ourdie par d'Aubonne. Gomme Mitonet, l'ambassadeur supposait qu'elle pouvait bien regarder en arrière. C'est en effet la punition des transfuges de n'inspirer confiance à personne.
Ces craintes ne se réalisèrent pas. La baronne ne savait pas assez des secrets de d'Aubonne pour les vendre, et rien ne prouve que, si elle les eût connus entièrement, elle se fût rendue coupable d'une pareille trahison.
Elle retourna donc en Savoie, à Annecy, où elle avait laissé son mobilier. Elle ne dut pas manquer toutefois d'aller se jeter aux pieds du roi Victor-Amédée lorsqu'il fut fixé à Chambéry; mais il paraît certain qu'elle habitait Annecy lors de la correspondance échangée dans les derniers mois de 1730 et les premiers de 1731 entre Jean- Jacques et mademoiselle de Graffenried '. Son installation à Ghainbéry date