‹ Madame de Warens et le pays de VaudChapitre 2 sur 13 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

Nous avons constaté que la seconde de ces deux périodes de sa vie a donné lieu, depuis plus de trente ans, à des recherches et à des publications diverses, qui toutes ont participé à en éclairer quelque point. En revanche, il n'en a point été de même de la première période, celle qui embrasse ses années de jeunesse.

Sur l'enfance, sur la vie conjugale, et en général sur toutes les particularités intéressantes du passé de l'amie de Rousseau, avant sa fuite en Savoie, régnait encore il n'y a pas longtemps une obscurité presque complète. En dehors des dates de sa naissance et de son mariage, puisées dans les registres de l'état civil, on ne connaissait alors sur ces temps qu'un seul recueil de pièces éparses, (notes et extraits d'actes officiels), postérieures à son abjuration et relatives aux mesures ordonnées à l'égard de ses biens par le sénat de Berne. Ce recueil rédigé par M. A. Baron, est encore aujourd'hui déposé aux archives cantonales vaudoises.

Nous ne nous arrêterons pas à citer les différentes raisons qu'on pourrait invoquer pour expliquer le silence, observé jusqu'ici par l'histoire sur cette première moitié de la biographie de Mrae de Warens. Disons seulement qu'à notre avis ce n'est pas dans un sentiment d'hostilité rétrospective pour la mémoire de la « déserteuse » ou tout au moins dans un manque total d'intérêt vis-à-vis de cette dernière, qu'il faut chercher la véritable cause de cette pénurie de renseignements. Cette cause réside, nous semble-t-il, principalement dans le fait qu'une grande partie des pièces à consulter, indispensables en

cette occasion, ont toujours été renfermées dans des collections particulières et se trouvaient par là même peu accessibles. D'autant plus que leurs possesseurs, cédant à des scrupules respectables, mais qui n'en étaient pas moins à regretter , se montraient généralement peu disposés à en donner connaissance au public.

Grâce à la généreuse autorisation de M. Henri de LoySj qui a bien voulu, il y a quelques années, ouvrir à nos recherches les riches archives de sa famille, il nous a été possible d'entreprendre la tâche, que nous achevons aujourd'hui par la publication de ce volume. Nous nous faisons l'agréable devoir de lui en témoigner ici notre sincère gratitude. Parmi les papiers que sa confiance a mis à notre disposition nous avons rencontré nombre de témoignages écrits, officiels, d'une authenticité incontestable, qui jettent un jour précieux sur Mme de Warens. Ces pièces ont été nos premières et nos plus importantes sources pour la composition de cette étude.

Avec le concours dévoué de notre ami et collègue, M. Eugène Ritter, l'éminent professeur d'histoire de la littérature française de l'université de Genève, nous avons publié dans la Bibliothèque universelle, au mois de mai ISS'k le plus remarquable de ces documents. C'est une longue lettre où M. de Warens raconte à son beaufrère l'évasion de sa femme et toutes les circonstances que l'ont précédée ou suivie.

Après avoir complété ces matériaux de premier choix par le fruit de nos longues recherches dans les

Page 1