‹ Madame Desbordes-ValmoreChapitre 19 sur 95 · AL. DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

AL. DE LAMARTINE

Ainsi touchée au fond de l'âme et aussi prompte que l'écho, M"*® Valmore répondait à l 'instant dans la même mesure et sur le même rhythme. Je ne mettrai de sa réponse que deux ou trois strophes dans lesquelles elle réclamait avec confusion contre le mot de gloire que lui avait jeté magnifiquement le grand poète :

Mais dans ces chants que ma mémoire Et mon cœur s'apprennent tout bas, Doux à lire, plus doux à croire, Oh ! n'as-tu pas dit le mot gloire?

Et ce mot, je ne l'entends pas :

Car je suis une faible femme, Je n'ai su qu'aimer et souffrir ; Ma pauvre lyre, c'est mon âme, Et toi seul découvres la flamme D'une lampe qui va mourir...

Je suis l'indigente glaneuse Qui d'un peu d'épis oubHés A paré sa gerbe épineuse, Quand fa charité lumineuse Verse du blé pur à mes pieds...

Envoyant à M. Duthillœul, de Douai, qui lui en avait demandé copie, la pièce de vers de Lamartine, elle ajoutait ces lignes qui

MADAMK uksbohues-valmork; 231

sont dictées par le même sentiment :

« L'attendrissement Fa emporté sur la modestie, monsieur, et j'ai transcrit ces beaux vers à travers mes larmes, oubliant qu'ils sont faits pour un être si obscur que moi. Mais non, ils sont faits pour la gloire du poëte, pour montrer son âme dans ce qu'elle a de sublime et de gracieuse pitié. Je vous les donne. »

Quant à Lamartine, il remerciait M""^ Valmore de sa réponse émue et palpitante, par une lettre que je donnerai encore et qui clôt dignement cet échange harmonieux, ce cartel de haute et tendre poésie :

« Madame, » Je suis payé au centuple, et je rougis en lisant vos vers des éloges que vous donnez aux miens! Une de vos strophes vaut toutes les miennes. Je les sais par cœur.

» J'espère que la fortune rougira aussi de son injustice, et vous accordera un sort indépendant et digne de vous. Il ne faut jamais désespérer de la Providence quand elle nous a marqué au berceau pour un de ses dons les plus signalés, et quand on sait comme vous l'adjurer dans une langue divine.

» Je compte aller bientôt passer deux jours'à Lyon. Je m'estimerais bien heureux de joindre le plaisir de vous connaître à celui de vous admirer et de vous remercier.

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