‹ Madame Du BarryChapitre 16 sur 23 · A M""' LA COMTESSE DE BÉARN · texte numérisé non relu

A M""' LA COMTESSE DE BÉARN

a Je ne saurais assez vous remercier. Madame, de vos bontés, de votre complaisance, de votre assiduité. Je croirais en abuser si je ne vous rendais à la liberté que vous aimez et dont vous vous privez depuis longtemps en ma faveur. Ce serait, enfin, trop exiger de votre amitié.

a Vous m'avez fait part plusieurs fois du dégoût que vous éprouviez dans un pays pour lequel vous étiez plus faite que moi, et où cependant nous avons, en quelque sorte, débuté ensemble.

a Vous avez des affaires qui vous rappellent à Paris. Le voyage fini, je* vous demande en grâce de ne plus vous gêner. Allez au Luxembourg y vaquer ; abandonnez-moi au tourbillon de Versailles : soyez persuadée que je ne vous oublierai jamais. »

Si les femmes se soumettaient par respect aux volontés du roi, les hommes renchérissaient sur elles par la plus basse adulation.

On a su de quelle manière le pauvre petit duc de Gesvres s'inscrivit un jour qu'il ne l'avait pas trouvée : Le Sapajou de M°^^ la comtesse est venu -pour lia rendre ses hommages. Il était bossu par derrière et par devant, et n'avait pas quatre pieds de haut.

Le pauvre infortuné, honteux de sa propre faiblesse, adulait toujours lâchement ceux qui avaient la puissance.

Il se ravalait jusqu'à la condition des bêtes pour plaire à la maîtresse du roi qui, au moins, ne lui fit aucun mal; mais il flatta, nourrit, paya les monstres révolutionnaires qui, sans pitié pour un être dont la vie était presque éteinte, eurent la cruauté de le porter sur leur infernale machine qu'ils firent relever deux fois sur cet infortuné dont la nature semblait avoir mis la tête à couvert de leur hache homicide.

Le roi, avant d'aller à Compiègne, avait été à Chantilly, chez le prince de Condé, qui venait d'embellir ce lieu charmant d'un jardin anglais que Mesdames désiraient voir; ainsi la favorite ne fut point du nombre des dames qui accompagnaient la famille royale.

On assure cependant que Louis XV pouvait si peu se passer de sa maîtresse qu'il la supplia de venir incognito passer les nuits avec lui.

M. le prince de Condé l'ayant appris, résolut de dédommager Sa Majesté de cette contrainte, en le priant de lui faire l'honneur de venir à Chantilly au retour de Compiègne, sans Mesdames.

Alors M""® du Barry fut reçue par le petit-neveu d'Henri IV, comme il eût voulu qu'on reçût Gabrielle.

Tout prit un caractère de fêtes et de plaisirs, plus vifs que pendant le séjour du roi et de sa famille.

M""® du Barry suivit toutes les chasses en calèche; l'jn se portait en foule dans la forêt pour l'admirer.

C'était Diane suivant Endymion, non, sa physionomi<i douce et voluptueuse ne pouvait avoir le caractère de cette fière déesse, et sous quelque habit qu'elle se fît voir, on ne pouvait jamais la prendre que pour la mère des Amours.

M. de Condé, en courtisan habile, prouva à Louis XV qu'il avait réservé, pour le temps que M"' du Barry passerait chez lui, mille plaisirs dont on n'avait pas eu d'idée dans le premier voyage. Aussi M""" du Barry fut-elle

• Rigaud, s cul p.

Le Château de Chantilly.

Cab. des Estampes

enchantée de Chantilly, qu'il semblait, en effet, que la nature avait disposé pour que l'art en formât le plus beau et surtout le plus gracieux séjour des environs de Paris.

Tous les deux ans, à la fête de la Saint-Louis, que nos artistes distingués avaient pris pour patron, sans trop en savoir la raison, car ce roi célèbre par sa piété, sa valeur et sa sagesse, a peu protégé les beaux-arts, que l'ignorance de son siècle avait fait disparaître de dessus la terre; mais, enfin, n'importe, la Saint-Louis était la fête des Académies, comme celle de nos rois, et tous les deux ans, dis- je,

à cette époque, on faisait une exposition de tableaux telle qu'elle a encore lieu à présent.

Le public y jugeait les talents des peintres et des sculpteurs, et l'affluence des connaisseurs ou de ceux qui se croient tels était si grande qu'on pouvait à peine entrer dans le salon.

En conséquence, lorsque la famille royale venait admirer ou critiquer les ouvrages exposés, on faisait sortir tous ceux qui y étaient pour que ces augustes personnes ne fussent point exposées aux incommodités de la foule.

M""® de Pompadour, comme sœur du surintendant des bâtiments, jouissait des mêmes prérogatives, et l'on persuada aux artistes qu'ils devaient suivre, pour M™® du Barry, le même cérémonial que pour la dernière maîtresse.

Elle ne trouva donc, à son arrivée dans le salon, que des artistes empressés à briguer un mot, un regard de l'amie du roi.

Le public murmura d'avoir été privé plusieurs heures de l'exposition pour elle et l'en accusèrent, quoiqu'elle n'en eût aucune connaissance.

Elle parla avec grâce et aménité aux artistes, et les favoris des Muses n'eurent qu'à se louer d'elle.

Un d'eux avait essayé deux fois de rendre ses traits enchanteurs, et ces deux portraits se trouvaient, cette annéelà, au Salon (i).

M. Drouais, qui avait fait un si beau portrait en pied de M™° de Pompadour, avait assez mal réussi dans ceux en buste de la comtesse : dans l'un, elle était peinte en robe blanche avec une simple guirlande de fleurs; dans l'autre,

(i) Du même, deux ans plus tard, en 1771, le livret officiel du Salon porte :

N° 60, par M. Drouais, académicien :

Le portrait de M™° du Barry en pied, représentant une Muse (6 pieds 5 pouces de haut sur 4 pieds 5 pouces de large.)

Et parmi les sculptures :

N° 239, par ]\L Pajou, professeur :

Le portrait de M°^^ la comtesse du Barry, buste en terre cuites

JM IDUC TD'AIGUIILILO: ,

Dff/iile Je la i^ene<:haiufiî'ee dLâacji Atùi cke'p ai^ lioroicnr an pai'^tî pojjulcâre , il renonce aux iareurs q^a 'an vecort Je la Coiu'; Jin ^èle'cîtoyeiiiciujjlissairt sacaj-neie,

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Vérité, s cul p.

Le Duc d'Aiguillon fils du ministre de Louis XV.

Il6 ANECDOTES SUR UT* LA COMTESSE DU BARRY.

en habit d'amazone gris, la veste décolletée, avec une espèce de fraise

Dans tous les deux, il n'avait point saisi la physionomie de celle qu'il avait voulu peindre.

Il n'avait point donné à son regard cette expression de franchise qui la caractérisait : voulant la rendre gracieuse, il l'avait fait minauder et, ne connaissant pas assez les beautés de l'antique, il n'avait fait qu'une petite-maîtresse de celle dont Phidias aurait saisi avec enthousiasme les traits pour représenter une divinité.

Ce qui était assez extraordinaire, c'est que les deux portraits ne se ressemblaient pas.

Cependant, on fit des vers à la louange du peintre et du modèle.

Je ne donnerai que ceux-ci :

Vers a M"° la comtesse du Barry.

Sur ton double portrait le spectateur perplexe, Charmante du Barry, veut t'admirer partout ; A ses yeux changes-tu de sexe, Il ne fait que changer de goût ; S'il te voit en femme, dans l'âme D'être homme il sent tout le plaisir, Tu deviens homme, et d'être femme Soudain il aurait le désir.

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