INTRODUCTION. IX
élevé. L appartement de Bachaumonty au second éiage^ était assez exigu ; celui de Af"" Doublet, au premier, comprenait, par contre, outre des pièces partictdières, une bibliothèque nombreuse, une salle à manger luxueuse et un très vaste salon, pièces de réceptions restées communes. Riches Vun et Vautre, M"" Doublet fort apparentée à la magistrature et Bachaumont lié avec tout ce que Paris contenait de délicats lettrés et d'artistes, leur salon constituait une des réunions les plus curieuses d'une époque qui en compta beaucoup. Leurs amis forment un monde fort mêlé. Il y a le groupe des parlementaires : Vabbé Chauvelin, Nicolaï, le marquis d'Aiguilles, Baille et le juriste éminent qu'est le président de Meynières ; le groupe des ministres ou des apprentis ministres : de Bernis, le comte d'Argent al. Pont de Veyle^ Vabbé Xaupi et le marquis d'Argens ; des savants : le physicien Dortous de Mairan et le médecin Falconet ; des érudits comme les Lacurne de Sainte-Palaye et Mirabaud ; d'autres encore, gais buveurs et joyeux drilles, Piron, Voisenon, Vabbé Prévost et cet abbé Le gendre, frère de M^^ Doublet, que son canonicat occupe moins que les chansons bacchiques. Divers liens unissent ces esprits si divers et qu^on s'étonne de trouver assemblés. C'est d'abord une curiosité toujours en éveil, un souci des moindres événements de la vie publique, surtout un fond d'idées politiques communes. C'est un salon de libéraux, de patriotes, ainsi qu'on disait alors, qui haïssent le parti jésuite, Viniolérance et V absolutisme, gens d' esprit très droit qui ont épousé fortement la cause des Parlements qui est celle des libertés nécessaires. Il suffit de lire le dialogue du président de Meynières avec M^^ de Pompadour, pour juger de la dignité, de Vhonnêteté morale de cette bourgeoisie française, anoblie dans Vexercice des charges publiques et qui a bu, sans s'y griser, à la coupe des philosophes.