SCÈNE XIV
M°« DU CHATELET, YOLTAIRE, LE MAR- QUIS DU CHATELET. SAIXT-LAMBERT puis DUBOIS.
LE MARQUIS, 011 entrant.
Madame la marQiiisc. je suis votre humble serviteur. Quel diable de travail vous a donc empêchée de venir au devant de moi?
M™'^ DD CIIAIELET.
Je ne m'attendais pas à votre arrivée , moi;sicur : si vous m'aviez prévenue...
LE MARQUIS
Ah ! ah : c'est monsieur de Saint-Lambert !
SAIXT-LA.MBEUT.
Permettez-moi, monsieur le marquis, de vous offrir mes hommages.
VOLTAIRE, à paît.
Il a l'air déconcerté! Bravo! elle a bien joué son rôle.
LE 5IARQCIS.
Ah! çà, mais vous n'êtes pas un savant, vous, Saint-Lambert, et je serais curieux d'apprendre de quelle science on peut parler avec un officier de dragons?
VOLTAIRE, bas à la marquise.
Cela va très bien.
SAI>T-LAMBEKT.
Mais, monsieur le marquis...
LE MARQUIS
Oui, je ne vous cache pas que cela pique ma curiosité.
M"^ DD CHATELET
Vous n'ignorez pas queM.de Saint-Lr.inberf soccupc de poésie avec succès.
LE MARQUIS
De poésie!... ah ! c'est vrai ; mais il me semble que c'est dans la solitude qu'on fait des vers : on ne compose pas à deux.
VOLTAIRE
Eli ! mon Dieu, oui.
LE MARQUIS
Vous croyez?
VOLTAIRE
Sans doute; c'est un usage déjà fort ancien AiH : Je loge au premier clage.
Seul, un poète hésite et iremhlc De risquer de faibles essais ; On douhie en travaillant ensenihlc, Et le talent et le succès :
On .se soutient, on $'encour;l^c Dans ce chemin si hasardeux...
Et même il est plus d'un ouvrage Qu'on ne peut bien faire qu'à deux.