LES PRÊTRES ASSERMENTÉS
mesure, à laquelle l'infortuné Roi ne s'était prêté que dans un but de conciliation, et justifia bientôt les prévisions de Madame Elisabeth. Son nom à elle-même, souvent mis en avant dans les discussions qui s'élevaient de tous côtés, fut dès lors exposé à de continuelles insultes. Elle avait insisté trop vivement auprès du Roi contre la sanction du décret, pour ne pas s'être attirée la haine et la défiance du parti avancé. Ses correspondances ne peuvent donner une idée exacte du rôle qu'elle avait rempli dans cette grave affaire, parce que l'extrême circonspection qu'elle met à parler de son frère, la crainte d'alarmer ses amies, celle de ne pas rapporter exactement les faits, l'arrêtent dans ses récits. Les brochures et les pamphlets révolutionnaires sont là pour combler cette lacune. Des calomnies incessantes sont vomies contre « Elisabeth, » presque journellement, dans les feuilles publiques. Tantôt elle est dénoncée comme tenant, à Saint-Cyr, des assemblées secrètes où se réunissent des prêtres dont elle anime le zèle anti-révolutionnaire ; tantôt on l'accuse de répandre de l'argent dans le peuple dans le même but. Dans l'intérieur des Tuileries même, elle a ses espions, elle compte des ennemis. Se rend-elle à la chapelle, les gardes nationaux la surveillent avec une curiosité malveillante. Jusqu'auprès du Roi, elle est considérée avec une sorte de défiance. La Reine ellemême se plaint de son indiscrétion, redoute sa franchise. Sa situation est, par instant, si pénible et si intolérable qu'elle songe à émigrer, à accepter l'hospitalité que ne cesse de lui offrir Madame Clotilde. Cependant, elle reste, non par hésitation, mais parce que le Roi lui semble plus à plaindre qu'elle, et que,