‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 104 sur 284 · G4 DÉMISSION DU MARQUIS DE BOMBELLES · texte numérisé non relu

G4 DÉMISSION DU MARQUIS DE BOMBELLES

« .... Nous voilà arrivées à l'instant où il faut que » je te dise ma façon de penser sur la conduite de » ton mari. La délicatesse de ma conscience m'a em- » pêchée jusqu'à ce moment de t'en parler. Tes parents, » comme tu sais, désiraient vivement que ton mari se » soumit à l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état » de ses affaires pouvait être d'un si grand poids, » qu'il me paraissait possible qu'il pût l'emporter sur » les considérations qui ont décidé ton mari. D'autres » parlaient de tes quatre enfants. Le sort qui les at- » tend est cruel. Mais j'avoue que, lorsqu'il s'agit d'un » serment que la conscience, l'opinion, l'attachement » à ses maîtres démentent, je ne trouve pas que leur » infortune doive empêcher de le refuser. 11 n'y a donc » que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. » Par elles, il s'y voyait forcé ; et, comme il ne jurait » que ce que le Roi avait juré lui-même, et devait » jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il eût » été possible que ton mari imitât son maître, et » suivît le sort qui entraîne les malheureux Français. » Des théologiens ont cette opinion. Je crois donc » que cela eût été possible.

» Mais je t'avoue que si ton mari avait eu seule- » ment dix mille livres de rentes, je n'aurais pas » balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu » vois par tout ce que je mande, que je ne suis pas » bien décidée sur ce que j'aurais fait à ta place. » L'antique honneur, un certain esprit de noblesse » chevaleresque qui ne mourra jamais dans les cœurs » français , me font estimer l'action de ton mari. » Néanmoins, le risque qu'il court de manquer à ses » créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de

LETTRE A MADAME DE BOM BELLES. i65

» tout son pouvoir ce qu'on maudit journellement, » tout cela se combat si vivement dans mon âme, » qu'il ne me reste que la possibilité de partager » les peines que tu vas éprouver, et d'être occupée » de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres » enfants s'habitueront-ils au mal être, après avoir » été élevés dans l'aisance ? Et puis mon regret de » ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon cœur » me dicte ! Mais, ma petite, parle-moi toujours » franchement de ta position, et sois sûre que je » ferai tous les sacrifices possibles pour te la rendre » moins désagréable. Je ne te promets pas de don- » ner à ta pauvre Coty ce que tu lui donnais ; mais » sois sûre que je la secourrai le mieux que je pour- » rai. J'espère que ton mari et toi conserveront la » paix, la résignation et la douceur chrétiennes, qui » seules peuvent faire soutenir les malheurs pré- » sents et ceux que l'on craint. »

Cette lettre, mal comprise par Mme de Bombelles, obligea Madame Elisabeth à en envoyer une seconde sur le même sujet (i). « Mon Dieu, ma pauvre » Bombe, lui écrit-elle tout émue, toute troublée, » quelques jours après, que je suis fâchée que ma » lettre t'ait fait autant de peine ! C'était bien loin » d'être mon intention. Mais, ma petite Bombe! com- » ment n'as-tu pas eu l'esprit de te dire : Ma prin- » cesse est bonne, parce qu'elle ne veut pas nous » décider; elle nous recommande de faire de sérieuses » réflexions, parce qu'elle sent l'horrible position où » nous nous trouverons, et qu'elle sait que tant de

(1) A Mme de Bombelles. Coll. F. de Conches, p. 231.

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