‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 113 sur 284 · LA JOURNÉE DES POIGNARDS · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DES POIGNARDS

encore l'hospitalité de l'asile royal, se trouvait alors M110 Marie-Anne de Buonaparte, celle des sœurs de Napoléon connue sous le nom de princesse Elisa Bacciochi. Elle avait conservé le souvenir de la joie avec laquelle les pauvres Dames recevaient les billets de Madame Elisabeth, à cette époque si rapprochée de leur dispersion.

Le « jour calme » que Madame Elisabeth attendait pour essayer d'arriver jusqu'à Saint-Cyr ne vint pas.

4cr mars. — « Nous avons eu du « train hier; on a voulu détruire Vincennes (i). »

2 mars. — « Il y a eu beaucoup de bruit du côté » de Saint-Antoine. Tout le monde s'est porté avec » beaucoup de zèle. Mais les gens qui étaient chez le » Roi ont parlé avec trop de légèreté et sont restés h toute la journée chez lui au lieu de se mêler parmi » la garde, pour lui prouver qu'ils n'avaient que de » bonnes intentions. Une partie de la garde a cru » qu'on la méprisait ; l'autre a imaginé que Ton » voulait faire une contre-révolution. Bref, à 8 heures » du soir, en sortant de chez le Roi, tout le monde » était fouillé, et l'on s'emparait des pistolets et espè- » ces de poignards que l'on trouvait. Plusieurs jeunes » gens ont été fort maltraités ; d'autres menés à l'Ab- » baye. Si le peuple avait fait mine de se porter au » château, tout le monde aurait été égorgé. La moitié » de ce qui remplissait les cours était ivre. Mais le » premier tort vient des mauvaises tètes qui se sont i> trouvées là. Le Roi, pour calmer tout, a été obligé » de demander lui-même à ces messieurs leurs

(1) À Mme de Bombelles. Coll. F. de Couches, p. 243.

» armes. Une heure après, la garde a exigé qu'elles » fussent portées au corps de garde. Elles ont été pil- » lées au bas de l'escalier (1). Tout est fort tranquille » depuis ce moment-là. Je crois que c'est fini, parce » que les méchants ont obtenu ce qu'ils voulaient,

et que nous autres, bonnes bètes, nous ne voyons » pas plus loin que le bout de notre nez, et donnons » tête baissée dans tous les pièges qu'on nous tend. » Je ne puis rendre combien cela me met en colère (2).

13 mars. — » Mon Dieu ! que l'on est malheureux » de vivre dans ce moment-ci ! On ne rencontre que » des fous, des imbéciles et des méchants ! Dieu » veuille que l'esprit humain ouvre enfin les yeux à » cette lumière que Ton dit que le siècle possède, » mais qui est encore si obscure que, pour moi, je n'y » vois qu'un brouillard d'une épaisseur monstrueuse.

15 mars. — « Mes tantes sont enfin arrivées à » Turin, après avoir été arrêtées pendant des siècles » à Arnay-le-Due. Elles ont été très bien reçues à » Lyon. La municipalité d' Arnay-le-Duc disait, pour » raison de sa conduite, que le Roi n'était pas libre » de ses actions ; il lui fallait un mot de sa main » pour leur prouver qu'il était d'accord de leur » voyage. Quelle inconséquence ! »

Même jour. — « Je crois voir, par les lettres que je » reçois, que l'on est étonné que je n'aie pas pris le » même parti que mes tantes. Je n'ai pas cru mon

(1) Ces armes furent montrées à la populace. De là le nom de Chevaliers du Poignard, donné depuis aux gentilhomme» dévoués au Roi.

(2) A Mme de Raigecourt. Coll. F. de Conches, p. 244.

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