‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 116 sur 284 · L'ABBÉ EDGEWORTH. — SES TRAVAUX · texte numérisé non relu

L'ABBÉ EDGEWORTH. — SES TRAVAUX

Ordres. Le nom de Firmont qu'il adopta, selon l'usage du temps, venait d'un domaine de sa famille.

On a retracé en ces termes (1) la vie du jeune ecclésiastique : « Paris devint le théâtre des travaux apos- » toliques de l'abbé Edgeworth. Ce fut dans cette » ville immense, où toutes les passions fermentent, » où le vice met tant d'art à se déguiser, qu'il com- » mença son ministère.... Aucun ecclésiastique ne » conserva dans ses manières plus de bénignité, plus » d'affabilité dans son accueil, plus d'attraits pour » les malheureux qu'il ramenait vers la source de » toutes les consolations. On voyait cet homme évan- » gélique tantôt entouré de pauvres et d'ouvriers » qu'il conduisait à son tribunal de pénitence, tantôt » au milieu des enfants de sa paroisse, auxquels il » enseignait le catéchisme. Le reste de son temps » était consacré à travailler, à visiter les misérables » et à prier. Tant de vertus, de talents et de zèle ne » pouvaient rester cachés à Paris. »

Le clergé d'Irlande lui offrit bientôt une situation supérieure à celle qu'il occupait, et dans les termes les plus capables d'éveiller son ambition. Mais, n'en ayant aucune, il refusa, donnant, avec une simplicité touchante, les raisons qu'il avait à opposer aux vœux de ses compatriotes : une santé assez délabrée d'abord, ensuite son peu de connaissance delà langue anglaise, dont il avoue avoir perdu l'habitude; enfin, et surtout, la conviction où il est « que Dieu lui a marqué son

(1) Oraison funèbre de l'abbé Edgeworth, prononcé par l'abbé de Bouvens, dans la chapelle de Portman-Square , Londres, 17 juillet 1807.

182 l'abbé edgeworth a l'iiotel de noailles.

» devoir dans les modestes fonctions qu'il exerce dans d Paris (1). » C'est en 1789 qu'il s'exprime ainsi. On le voit déjà fort estimé du clergé du diocèse de Paris, et cité dans des correspondances particulières. MmesMolé, d'Àguesseau, de Lamoignon, de Sénozan, de Barville, la duchesse d'Ayen et ses filles, la présidente Le Rebours, la duchesse de Doudeauville, lui témoignent beaucoup de respect, de confiance (2). Sa vie est moins obscure et plus douce. Près du couvent où il continue à demeurer, habitent dans un modeste appartement de la rue du Bac , au numéro 482 , sa mère et sa sœur, paisibles personnes dont les émeutes de 1789 ne parviennent pas à troubler le flegme britannique. C'était près d'elles que l'abbé de Firmont trouvait les seules distractions de sa laborieuse existence, et qu'il rencontrait, à la table à thé (tea table), cette parente irlandaise protestante qui le dépeint comme • silencieux, timide (very shy), un peu distrait, » et très soigneux d'éviter toute conversation de » controverse. »

Un autre récit nous représente l'abbé de Firmont dans le salon de l'hôtel de Noailles, s'entretenant avec un jeune Américain qui avait suivi La Fayette en France. « La sérénité de sa contenance répandait le » calme autour de lui. Ses manières avaient tant de » charme, qu'elles inspiraient la conviction de sa » croyance à ceux qui n'avaient pas assez de lumières » pour la devoir à leur propre jugement. » C'était,

(1) Lettres au très révérend docteur Moylan, à Cork, en Irlande.

(2) Voy. Vie de la ducbesse de Doudeauville, Vie de Mme de La Fayette, Vie de la duchesse d'Ayen.

l'abbé edgeworth aux tuileries. 183

en effet, l'esprit de foi dont était pénétré l'abbé de Firmont qui respirait en lui et qui lui communiquait cette quiétude rare en tous temps, mais surtout à l'époque où il vivait.

En 1790, il écrivait au docteur Moylan : « Ma mère » et ma sœur sont prêtes à quitter la France, si nos » troubles vont toujours empirant. Je les aecompa- » gnerai quelque part qu'elles aillent. Ce sera proba- » blement à Londres. Mais je reviendrai aussitôt : il » serait inconvenant qu'un soldat quittât son poste » par la crainte d'être atteint d'un boulet. » Un peu après, au moment où commence la persécution contre le clergé, son langage est également ferme, sa volonté de rester à Paris non moins inébranlable. Il ne songe même plus à mettre sa mère et sa sœur en sûreté. Elles ont renoncé à l'abandonner. Ses pénitentes nobles quittent leurs hôtels et émigrent. En février 1791 , il n'a encore aucune relation avec la Cour. Mais au milieu du Carême, le supérieur du couvent des Missions reçoit un billet de Madame Elisabeth, le priant de lui envoyer un confesseur. L'abbé de Firmont se trouvait là pendant qu'un autre prêtre, qui eût été choisi préférablement à lui, était absent. Il se rendit aux Tuileries, a Le hasard, si le hasard n'était pas un mot » vide de sens, a-t-il écrit, me rapprocha ainsi de » Madame Elisabeth, l'une des princesses les plus » accomplies, et, je le crois sûrement, l'une des plus » vertueuses, sans exception, qu'il y ait en Europe. »

Madame Elisabeth raconte cette première visite avec son originalité accoutumée. « Tu penses bien, écritelle à Mrae de Raigecourt, « que ta Princesse a été » embarrassée comme un chien, et d'autant qu'elle a

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» éprouvé toutes les infortunes possibles. Imagine-toi » que Mme Navarre Ta fait entrer dans mon cabinet » sans m'avertir ! Je n'étais pas dans ma boite ! Nous » sommes restés aussi sots l'un que l'autre à nous » regarder, moi, ne sachant que dire. Enfin, j'ai été » chercher mon coqueluchon pour me tirer d'embar- » ras, et je suis revenue (1). »

Mais, dans des lettres plus étendues, plus graves^ Madame Elisabeth se loue de l'heureuse influence que prit bientôt l'abbé de Firmont sur son âme. « 11 a de » la douceur, écrit-elle, de l'esprit, une grande con- » naissance du cœur humain »... Elle « ne peut se » dissimuler que c'est la Providence qui lui a fait faire » ce choix ! 0 Elle « se trouve plus forte, plus calme » et plus résignée après ses entretiens. » Elle semble juger aussi les événements avec une impartialité pluslucide. On voit sa piété augmenter, prendre un caractère de m&turité sérieuse et élevée.

Les relations de l'abbé de Firmont avec la sœur du Roi ne changèrent rien à la vie humble et silencieuse du jeune prêtre. Le Roi et la Reine « l'entendirent » nommer sans songer à le connaître. » On ignorait à la cour qu'il fût le confesseur de Madame Elisabeth, et personne ne s'occupait de lui, à ce point que, dans les plus mauvais jours, il entrait et sortait librement des Tuileries, sans être interrogé ou surveillé. Ainsi commença, au milieu de circonstances insignifiantes, dans un ensemble de simplicité de pensionnaire, à l'apparence presque puérile, cette mission de l'abbé Edgeworth, dont le but devait être d'assister Louis XVI

(1) À Mme de Raigecourt. Coll. F. de Couches, p. 252.

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