JOURNÉE DU 21 JUIN
les traits cassent et une heure entière se perd à réparer le désastre.
A Châlons, où Ton arrive à quatre heures de l'aprèsmidi, les voyageurs sont tout à fait reconnus et par le maître de poste, et par quelques personnes qui avaient vu le Roi à l'époque de son sacre. Ces braves gens forment en silence des vœux pour le succès du voyage, aident eux-mêmes à atteler les chevaux, pressent les postillons de partir en cachant leur émotion. La voiture atteint rapidement Pont-de-Somme-Vesle, première poste après Châlons. Là devait se trouver un détachement de hussards pour escorter la voiture. MM. de Choiseul et de Goguelat le commandaient, et, d'après les ordres de M. de Bouillé, auraient eu à organiser les escortes suivantes. Mais les troupes, arrivées six heures avant, s'étaient retirées, à cause de l'émotion que leur rassemblement excitait dans les villages voisins. Puis un grave incident amène un nouveau retard dans le voyage. Les quatre premiers chevaux , quoique vigoureux s'abattent deux fois quand on veut les faire partir, avant d'avoir avancé d'un seul pas, et avec un ensemble si extraordinaire qu'on eût dit « que la foudre les avait frappés tous à » la fois, ou qu'un objet invisible aux humains les » terrorisait (1). » Embarrassés dans les harnais, ils se débattirent, et il fallut les dételer pour les relever.
A Orbeval, l'escorte promise manque encore ; à Sainte-Menehould, où un escadron de dragons devait attendre le Roi, un officier approche de la voiture et dit à voix basse : « Les mesures sont mal prises. Je
(1) Beauchesne. Relation de M. de Moustiers.