‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 126 sur 284 · LE ROI A VARENNES · texte numérisé non relu

LE ROI A VARENNES

qui, dès l'entrée dans la petite ville, préparèrent une catastrophe. Parvenue devant la maison désignée par le Roi, la voiture s'arrête. Louis XVI descend pour demander les chevaux. On ne sait ce qu'il veut dire. Sans doute, les malentendus existentlà comme ailleurs. Les gardes du corps s'informent en vain du lieu où les chevaux peuvent avoir été placés. La Reine aussi met pied à terre. Un des gardes, M. de Moustiers, aperçoit une maison dont la porte est ouverte, et les fenêtres faiblement éclairées. Il entre, la porte se referme sur lui : il se trouve dans une petite pièce, en face d'un homme confortablement enveloppé d'une robe de chambre, et qui sans s'émouvoir lui demande ce qu'il veut(I). «Vous prier, répond Moustiers, » de m'indiquer le chemin, pour sortir de la ville du » côté de Stenay. » « Je le ferais bien, répond l'in- » connu, mais je serais perdu si on venait à le savoir..» « Cependant, observe Moustiers, quand c'est pour » obliger une dame en voyage. » — Nous savons bien » ce que c'est, répliqua l'inconnu, ce n'est point une » dame. » Moustiers rompt l'entretien et retourne en rendre compte au Roi. « Priez cet homme de venir me » parler, répond tranquillement Louis XVI. » Moustiers obéit et retourne chez l'inconnu. « Ma maîtresse » m'a chargé, lui dit-il, de vous prier de venir lui » parler. » Il se lève et se rend pieds nus à la voiture pour faire moins de bruit. Après avoir causé un moment avec les voyageurs, le mystérieux personnage conduit Moustiers à un ancien couvent de Cordeliers,

(1) Ce personnage se nommait Préfontaine. Il était major de cavalerie, chevalier de Saint-Louis et attaché à la maison de Condé. (Journal inédit de M. de X. . .)

LE ROI A VÀRENXES.

devenu la demeure d'un commandant des hussards de Lauzun. Cet officier n'est pas à son poste. On ne trouve qu'un hussard qui dit avoir reçu l'ordre de le joindre hors de la ville, si, à une heure du matin, il n'est pas arrivé à Varennes.

Attentive et silencieuse au fond de la voiture, Madame Elisabeth comprend l'affreuse complication qui résulte de cette suite de trahisons et de malentendus. Si, à partir de Pont-de-Somme-Vesle, c'est le retard de la famille royale qui a compromis les mesures préparées , à Varennes, c'est le retard des relais armés de Choiseul et de Bouillé qui amène une catastrophe. Une chance reste, celle de regagner par la vitesse le temps gaspillé des deux côtés. Quarante minutes étaient perdues. Les fugitifs Supplient les postillons de repartir, de presser leurs chevaux rafraîchis. Il y consentent et la berline traverse, sans obstacles, la partie de la ville de Varennes appelée la ville haute, et va joindre l'autre quartier, séparé par l'Aire et uni au premier par un pont.

Une voûte sombre, semblable au guichet d'une place de guerre, précède le pont. C'est celle d'une vieille tour surmontée d'un clocher, reste d'une antique église. Là, les chevaux, effrayés par une grosse charrette renversée devant eux, par d'autres obstacles jetés à dessein devant leurs pas, s'arrêtent brusquement et se cabrent. Des cris se font entendre ; une dizaine d'hommes armés sortent des ténèbres, se précipitent à la tête des chevaux, s'emparent des postillons, s'élancent aux portières et interrogent les voyageurs. Ceux-ci présentent vainement un passeport en bonne forme. On leur fait mille difficultés pour laisser aux

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