‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 128 sur 284 · ROMEUF A VARENNES · texte numérisé non relu

ROMEUF A VARENNES

on connaît trop la réponse de l'épicière : « La nation, » Madame, qui donne vingt-quatre millions au Roi, » paye bien sa place. Elle est assez bonne pour qu'il la » garde, et il est fort singulier qu'il veuille la quitter. » D'ailleurs, Madame, je ne veux pas compromettre » mon mari î Vous pensez au vôtre ; moi, je pense au » mien ! »

Le jour s'était levé, amenant une foule de paysans des communes voisines, et des bandes de gardes nationaux armés, accourant au secours de ceux de Varennes. Vers sept heures arrive de Paris un jeune homme pâle, tremblant, retenant avec peine les larmes qui obcurcissent ses yeux, les sanglots qui lui coupent la parole. C'est un aide de camp de La Fayette, M. de Romeuf. Avec lui était venu un officier de la garde nationale, au visage sombre, à la physionomie presque égarée, et qui s'écria d'une voix entrecoupée en s'adressant au Roi : « Sire I tout Paris, à l'heure qu'il est, » s'égorge peut-être I nos femmes et nos enfants sont » massacrés ! Sire ! vous n'irez pas plus loin ! l'intérêt » de l'Etat !... Oui!... nos femmes et nos enfants î... »

« La Reine, continue le même récit (1), saisit la main » de cet homme, et lui montra le Dauphin : Ne suis-je » pas mère aussi, dit-elle ! Un frisson mortel l'agitait » des pieds à la tête, comme si elle eût deviné à cette » heure cruelle le sort que Paris destinait à son fils, » si le Roi rentrait dans ses murs ! » Louis XVI, plus » calme, répond à l'officier : a Que voulez-vous? quelle » est votre mission ? expliquez- vous. » — Sire I nous » apportons un décret de l'Assemblée. »

(1) Relation de M. de Choiseul.

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