‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 129 sur 284 · ARRIVÉE DE BOUILLÉ AU BORD DE L'AIRE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE BOUILLÉ AU BORD DE L'AIRE

M. de Romeuf s'avance alors les yeux baissés, tenant une feuille de papier à la main. « Le roi lui ar- » rache ce papier plutôt qu'il ne le reçoit, le lit rapi- » dément et s'écrie : « Il n'y a plus de Roi en France ! » » La Reine le parcourt ensuite. Le Roi le reprend, le » relit et le pose sur le lit où était le Dauphin. La » Reine le repousse du lit et s'écrie : « Je ne veux » pas qu'il souille mes enfants! » Il s'éleva alors, con- » tinue Choiseul, un mouvement parmi les munici- » paux et les habitants présents, comme si l'on » venait de profaner une chose sainte. Je me hâtai de » ramasser le décret et de le poser sur la table. »

Les serviteurs du Roi essayaient de gagner du temps, sachant qu'une heure encore, et Bouillé arriverait avec ses troupes. Une femme de chambre du Dauphin feignit de se trouver mal. Mais, après sept heures, l'effervescence du peuple augmenta tellement que le Roi crut devoir consentir à retourner à Paris. Il recommanda aux autorités de Varennes MM. de Choiseul, de Damas et de Florac, qui ne l'avaient pas quitté depuis l'arrestation, et donna le signal du départ. Les voitures s'ébranlèrent aux cris de la multitude, qui demandait l'emprisonnement de ces trois fidèles serviteurs.

Le cortège royal était encore en vue de Varennes lorsqu'un détachement considérable de troupes couronna les hauteurs qui dominent la ville du côté de Verdun. C'était un corps de cavalerie venant de Dun, commandé par le fils du général de Bouillé. Il fit sonder la rivière de l'Aire, dans l'intention de la passer à gué, pour attaquer le front même de l'armée de cinq à six mille hommes qui emmenait le Roi, et la placer entre ses troupes et celles de son père qui,

LE RO! A CîIALONS.

averti de l'imminence du péril, ne pouvait tarder à paraître. Mais la rivière était creuse et profonde ; la traversée impraticable. Le général de Bouillé, qui arrivait en effet à toutes brides à la téte du régiment de Royal-Allemand, apprit par les hussards de Lauzun, avant d'être parvenu àMouzay, que le Roi avait quitté Varennes et qu'il était trop tard. « Il rebroussa chemin, la mort dans l'âme, avec sa troupe, tout à l'heure électrisée, maintenant désespérée ! » (i)

Le triste retour de la famille royale vers Paris continue, sous la surveillance de l'envoyé de l'Assemblée, par une chaleur torride, et sans cesse arrêté par des flots de population irritée, excitée par les rumeurs des révolutionnaires. Madame Elisabeth a cessé de s'appeler Rosalie, a repris son titre de sœur du Roi, et n'a plus à dissimuler ses angoisses et son dévouement. Aussi partage-t-elle et les dangers et les rares moments de repos de son infortunée famille. Près de Clermont, elle voit massacrer le marquis de Dampierre, puni de mort, par d'infâmes paysans, pour avoir respectueusement baisé la main de son Roi malheureux. A Châlons, les voyageurs reçoivent quelques hommages et quelques consolations. La Reine , en descendant à l'Hôtel de l'Intendance, rappelle tristement à sa belle-sœur que ce fut dans cette ville, dans cette même maison, qu'elle reçut tant d'honneurs à son

(1) Beauchesne. Histoire de Louis XVII.

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