‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 13 sur 284 · MAISON DE LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

MAISON DE LA PRINCESSE

formait la maison de la princesse, sans compter celles qui dépendaient des écuries et des services extérieurs. Quinze femmes de chambre servaient Madame Elisabeth : plusieurs appartenaient à des familles nobles. Son entourage se composait, après la dame d'honneur et la dame d'atours, de huit dames pour accompagner; c'étaient Mmes de Soran, de Bourdeille, de Causans, de Ganillac, de Tilly, de Melfort, d'Imécourt et de Bombelles. Cette dernière était sa compagne d'enfance. Louis XVI avait tenu la promesse de son aïeul, et MUe de Mackau avait épousé un gentilhomme appartenant comme elle à l'ancienne noblesse d'Alsace, le marquis de Bombelles. Le comte de Coigny était chevalier d'honneur ; le comte d'Adhémar, premier écuyer; le comte de Podenas, écuyer servant. Madame Elisabeth avait deux secrétaires des commandements, MM. Mesnard de Choussi et Tourteau d'Orvilliers ; un page, le comte Adalbert de Chamissot ; un bibliothécaire, l'académicien Ghamfort ; un aumônier, l'abbé Madier. Le comte de Vernon dirigeait ses écuries.

A la tête de cette maison, dont se contenterait un souverain de nos jours, était une des femmes les plus remarquables par leur esprit de la cour de Louis XVI. On eût dit que ce roi, craignant de voir sa sœur incliner vers le cloître, avait choisi exprès la comtesse Diane de Polignac pour la ramener au monde et à ses ambitions. Sans fortune et sans élégance , « laide en perfection, » aurait pu dire d'elle Saint-Simon, la comtesse Diane de Polignac, était cependant devenue l'âme de la coterie la plus recherchée de son temps, et lui avait communiqué sa fièvre d'intrigue et son goût pour la

i4 LA COMTESSE DIANE DE POLIGNAC.

domination. Redoutée pour l'amertume de ses propos et l'âpreté de ses sarcasmes, elle inspirait la crainte à ses ennemis, et tenait en échec, depuis plusieurs années, d'importants personnages politiques. Une de ses nièces, douce, calme et charmante, était devenue l'amie et la confidente de la reine. Tous ses amis occupaient des places, et aspiraient à des dignités élevées. Nul ne douta, lorsqu'elle fut nommée dame de Madame Elisabeth, qu'elle ne parvint facilement à s'emparer de l'esprit de la jeune princesse et à le soumettre à ses vues. Peut-être en était-elle convaincue toute la première. Néanmoins il fallut reconnaître que les projets de la dominante comtesse se brisaient contre la volonté tranquille, mais ferme, de Madame Elisabeth. La jeune princesse entendait rester étrangère à toute intrigue de cour et de politique, et demeurer maîtresse de choisir ses amis et ses conseillers. Sa détermination fut comprise, et acceptée avec un certain dépit. Il résulta de cette situation entre la jeune princesse et la dame d'honneur, des relations fort réservées d'un côté, et fort embarrassées de l'autre. La comtesse Diane se vengea sourdement, dit-on, par quelques critiques sur la figure et la toilette de Madame Elisabeth (1), et par une insouciance affectée des devoirs de sa charge. Toutes les deux néanmoins étaient trop intelligentes pour ne pas savoir ménager les apparences. Madame Elisabeth prisait hautement l'esprit de Mme Diane de Poiignac ; cette dernière savait à l'occasion rendre hommage à ses hautes vertus.

En revanche, nous voyons Madame Elisabeth témoi-

(1) Mémoires de la baronne d'Oberkirch, i. I, 236.

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