LA COMTESSE DE SORAN
gner une vive affection à la plus âgée dV ses autres dames, Mme de Soran, autrefois dame de Madame Clotilde. Moins influente dans le monde de ce temps que la comtesse Diane, la marquise de Soran était cependant très appréciée à la Cour et à Paris, où son salon était recherché des causeurs et des gens de lettres. La Harpe, qui était un de ses serviteurs assidus, l'appelait, dans la langue mythologique du dix-huitième siècle, la mère des Amours. Encore jolie, merveilleusement bien prise dans sa taille mince, poudrée et coilTée à ravir, Mmo de Soran était une de ces ravissantes petites vieilles qui ont disparu avec l'ancien régime, et qui savaient allier une innocente coquetterie à une vertu sans reproches'. On la voyait rarement sans sa fille ainée Delphine, qui fut mariée ensuite au comte de Clermont-Tonnerre et devint, comme sa mère, dame de Madame Elisabeth. Delphine, née vers i766, filleule du prince de Condé et de Mmc de Marsan, avait grandi près des sœurs du Roi. Elle égalait sa mère en vivacité, en grâce et en intelligence, n'ignorait rien des anecdotes de la cour, racontait avec tact, et possédait au plus haut degré le talent de se montrer aimable sans banalité et amusante sans trop de malice (1).
La figure de Mm° de Causans se dessine grave et austère près de Madame Elisabeth, à côté de celle de la comtesse Diane de Polignac et de la marquise de Soran. Mme de Causans, connue et estimée du roi depuis longtemps, passait à la Cour pour avoir reçu
(1 ) Devenue veuve en 1792, elle se remaria au marquis de Talaru, et est morte en 1832.