BARNAVE RÉPOND A MADAME ÉLISABETH
» la basque de son habit. Dans les moments des grandes » crises, les circonstances bizarres frappent toujours, » et la vue de la pieuse Elisabeth retenant Barnave » ainsi me parut la chose la plus étrange. » M)
Plus tard, Barnave lui-même ne rappelait son entretien avec la sœur du Roi que dans les termes d'une respectueuse émotion : « La conversation de Madame » Elisabeth sur les malheurs de la France, son élo- » quence douce et persuasive, la noble simplicité avec » laquelle elle s'exprimait, sans s'écarter en rien de sa » dignité, tout lui parut céleste dans cette divine prin- » cesse, et le cœur du jeune orateur, disposé sans » doute à de nobles sentiments, s'il n'eût pas suivi le » chemin de l'erreur, fut soumis par la touchante ad- »> miration. » (2)
A son tour, il- eut à parler aux voyageurs des fautes des royalistes dans la Révolution. Il dit en particulier à la Reine, qu'il avait trouvé les intérêts de la Cour si faiblement, si mal défendus, qu'il avait été tenté plusieurs fois d'aller lui offrir un athlète courageux qui connût l'esprit du siècle et celui de la nation. € Et » quels auraient été les moyens, Monsieur, que vous » auriez conseillé d'employer, lui demanda la Reine. » » — La popularité, Madame, » répliqua le jeune député. «— Et comment pouvais-je en avoir puisqu'elle » m'était enlevée ! — Ah ! madame, il vous eût été bien » plus facile de la reconquérir, qu'à nous de l'obtenir. »
Barnave prononça ces mots les larmes aux yeux, la voix tremblante. La sincérité de son langage avait
(1) Mémoires de Mme Campan, t. II, p. 152 et 153.
(2) Mémoires de Mm« Campan, t. II, p. 153.