‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 136 sur 284 · RELATION DE PÉTION · texte numérisé non relu

RELATION DE PÉTION

frappé Louis XVI et la délicatesse respectueuse de ses manières touchait les deux princesses. Autre était l'attitude de Pétion. « La conduite de ces députés pendant » le voyage nous a fait connaître, disait l'infortunée » Reine, la séparation totale qui existait entre le parti » constitutionnel, représenté par Barnave, et le parti » républicain, représenté par Pétion. » (1)

Placé à côté de Madame Elisabeth, Pétion avait écouté l'entretien de la Princesse avec Barnave et assisté aux incidents que nous venons de raconter, mais sans partager aucun des sentiments de son collègue. Il voyait Barnave ému ; il le supposait gagné, et persuadé que Ton emploierait avec lui, grâce aux agréments de sa personne, bien d'autres moyens de séduction que ceux de l'éloquence, il se tenait sur la défensive, comme il l'avait fait depuis le début de son voyage.

« La conversation devint plus particulière, raconte » la relation cruellement ridicule dont nous ne citerons que quelques passages par respect pour Madame Elisabeth : • La Reine parlât (sic) à Barnave, et Madame » Elisabeth me parlât (sic), mais, comme si on se fût » distribué les rôles en se disant : Chargez-vous de » votre voisin, je vais me charger du mien... Madame » Elisabeth me fixait avec des yeux attendris..., avec » cet air de langueur que le malheur donne et qui » inspire un assez vif intérêt. . . »

(1) Mémoires de M»« Campau, t. II, p. 153.

PÊTION S'IMAGINE QUE i/ON VEUT LE SEDUIRE. 231

» Nous allions lentement.. . un peuple nom-

» breux nous accompagnait... Madame Elisabeth

» m'entretenait des gardes du corps qui les avaient » accompagnés ; elle m'en parlait avec un intérêt » tendre. . . ; sa voix avait je ne sais quoi de flatteur. » .... Elle entrecoupait quelquefois ses mots de » manière à me troubler. ... Je lui répondais avec une » égale douceur.... mais cependant sans faiblesse, » avec un genre d'austérité qui n'avait rien de farou- » che ; je me gardais bien de compromettre mon carac- » tère ; je donnais tout ce qu'il fallait à la position

» dans laquelle je croyais la voir mais sans néan-

» moins donner assez pour qu'elle pût penser, môme » soupçonner, que rien altérât jamais mon opinion, » et je pense qu'elle le sentit à merveille, qu'elle vit » que les tentations les plus séduisantes seraient inu- » tiles, car je remarquais un certain refroidissement, » une certaine sévérité qui tient souvent chez les j> femmes à l'amour-propre offensé. »

Il ne s'aperçut pas du sourire qui errait sur les traits de la Princesse. Elle était trop femme pour ne pas avoir deviné l'incroyable fatuité du grossier député, trop Française pour ne pas s'en divertir de tout son cœur. « Nous arrivions insensiblement à Dormans,

» poursuit notre narrateur Nous y entrâmes entre

' » minuit et une heure. Nous descendîmes dans l'au-

» berge où nous avions mangé un morceau en venant, » et cette auberge, quoique très passable , n'était » guère propre à recevoir la famille royale. Mais » j'avoue que je n'étais pas fâché que la Cour connût » ce que c'était qu'une auberge ordinaire. » Pauvre homme ! se souvint-il de cette charitable ré-

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