CONSEILS DE PÉTION A MADAME ÉLIS A BETE. 23S
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» ce voyage où la famille Royale goûta un moment » de repos et de tranquillité. » Ajoutons que, deux, ans plus tard, le souvenir de l'accueil fait à Louis XVI conduisait M. et Mme Regnard à l'échafaud.
Pendant que Ton préparait le diner dans cette maison hospitalière, Madame Elisabeth descendit dans le jardin et s'entretint assez longtemps avec Pétion, pour que cette promenade et cette conversation fussent observées attentivement, par les personnes qui étaient aux fenêtres et sur le perron. « La maison du maire » de La Ferté-sous-Jouarre est extrêmement jolie, ra- » conte Pétion ; la Marne en baigne les murs. Le jar- » din qui accompagne cette maison est bien distribué , » bien soigné, et la terrasse qui est sur le bord de » la rivière est agréable. Je me promenai avec Ma- » dame Elisabeth sur cette terrasse avant le dîner, et » là je lui parlai avec toute la franchise et la véra- » cité de mon caractère. Je lui représentai combien » le Roi était mal entouré, mal conseillé. Je lui parlai » de tous les intrigants, de toutes les manœuvres de » la cour avec la dignité d'un homme libre et le dé- » dain d'un homme sage. Je mis de la force, de la » persuasion dans l'expression de mes sentiments, et » l'indignation de la vertu lui rendit sensible et atta- » chant le langage de la raison. . . Elle parut attentive » à ce que je lui disais : elle en parut touchée. Elle » se plaisait à mon entretien, et je me plaisais à » l'entretenir. Je serais bien surpris si elle n'avait pas » une belle et bonne âme, quoique très imbu (sic) » des préjugés de naissance et gâtée par les vices » d'une éducation de cour. » Après cette heureuse découverte, on rentra, et vers trois heures les voitures s'avancèrent.
234 GROSSIÈRETÉS DE PÉTIOX
« La chaleur était encore excessive, raconte Mme de » Tourzel. La poussière que faisaient les personnes » qui entouraient la voiture, soit à pied, soit à cheval, » était aussi épaisse que le plus affreux brouillard, et » le peu d'air qui existait se trouvait intercepté par » les troupes à pied et à cheval, et par la multitude de » curieux qui se pressaient autour de la voiture. »
Satisfait du discours qu'il avait adressé à Madame- Elisabeth sur les bords de la Marne, Pétion voulut le recommencer devant le Roi et la Reine, et il l'embellit d'une tirade enthousiaste sur l'Amérique et sur le mérite des Républiques. « Nous ne doutons pas, » répondit Louis XVI, de votre désir d'en fonder une » en France. — La France n'est pas encore assez » mûre pour cela, répliqua insolemment Pétion, et » je ne serai pas assez heureux pour la voir établir de » mon vivant. Du reste, il n'est que trop vrai que » partout les Rois ont fait le malheur des hommes I » Puis, en distraction, il pose sa main sur la tête bouclée du Dauphin, lui arrache une poignée de cheveux et le fait crier. Un peu plus tard, ayant faim et soif, il suce une aile de pigeon, jette les os par la portière, au nez du Roi, se fait verser à boire par la petite Madame et hausse le verre pour indiquer qu'il en a assez. A Meaux, il éprouve une vive satisfaction en songeant combien le Roi doit être vexé d'avoir à loger chez un évèque constitutionnel. Mais au départ de cette ville, le voyage ne lui offre plus aucun agrément. La chaleur redouble, la poussière devient insupportable. Puis, on approche de Paris, du terrible Paris, dont les environs s'annoncent par des cris féroces, par des rassemblements nombreux et menaçants. Le