RENTRÉE DANS PARIS
ton de la relation de Pétion change. Les anecdotes grivoises, les tirades sentimentales disparaissent de son récit. Il se montre maîtrisant la multitude comme il a subjugué, dominé la famille royale, apaisant les forcenés qui attaquent les gardes du corps et demanden t la tête de la Reine.
La route se poursuivait lente et pénible au milieu des flots de population. Au lieu d'entrer dans la ville parla porte Saint-DenU, le cortège prit le chemin qui longeait les murs dégradés de l'enceinte de Paris et les villages de Clichy, Mousseaux et Courcelles, pour gagner la barrière de la Conférence. Là, le concours de peuple était immense : il semblait, continue la relation de Pétion, « que tout Paris et ses environs étaient réunis » dans les Champs-Elysées. Jamais un spectacle plus » imposant ne s'était présenté aux regards des hommes. » Les toits des maisons étaient couverts d'hommes, » d'enfants , de femmes. Les barrières en étaient héris- » sées ; les arbres en étaient remplis. Tout le monde » avait le chapeau sur la tête. Le silence le plus majes- »> tueux régnait ; la garde nationale portait le fusil la » crosse en haut. Ce calme énergique était quelquefois » interrompu par les cris de « Vive la Nation ! » Le nom » de Barnave et le mien étaient quelquefois mêlés à » ces cris, ce qui faisait l'impression la plus doulou- • reuse à Madame Elisabeth surtout. Ce qu'il y a de » remarquable , c'est que nulle part je n'entendis » proférer une parole désobligeante contre le Roi. On » se contentait de crier: Vive la Nation!
» Nous passâmes sur le Pont Tournant, qui fut » fermé aussitôt, ce qui coupa le passage. Il y avait » néanmoins beaucoup de monde dans les Tuileries,