‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 147 sur 284 · MORT DE GUSTAVE III, 16 MARS · texte numérisé non relu

MORT DE GUSTAVE III, 16 MARS

» forte, en a reçu une atteinte au cerveau. Léopold » est mort, mais le plus redoutable de nos ennemis » est plein de vie. Il habite au milieu de nous. Le dé- » funt est entré seul dans la tombe. Il nous laisse une » sœur. »

Un mois après la mort de l'empereur, Madame Elisabeth jette un cri de douleur :

6 avril, Jeudi-Saint. — « Voilà le roi de Suède assas- » siné 1 Chacun a donc son tour ! »

Le 46 mars, le roi de Suède Gustave III avait été frappé, dans le tumulte d'un bal masqué, par un assassin appartenant aux sociétés secrètes. Il vécut quelques jours encore et succomba le 29 du même mois. Louis XVI et Marie-Antoinette perdaient en lui un ami sincère et actif, dont le dévouement leur était assuré. La désolation fut vive dans le parti royaliste, qui se sentit mortellement atteint.

8 avril. — • Aujourd'hui, le peuple a été voir dame » Liberté, tremblotante sur son char de triomphe. » Beaucoup haussaient les épaules. Trois à quatre » sans-culottes suivaient en criant : « Vive la Nation l » la Liberté ! les sans-culottes ! Au diable La Fayette l » Tout cela était fort bruyant, mais triste. La garde » nationale ne s'en est pas mêlée. »

Cette promenade avait eu Pétion pour organisateur. Le but était de fêter les Suisses du régiment de Ghâteauvieux, qui s'étaient insurgés contre leurs officiers. L'Assemblée, sur la demande du maire, formulée au nom des quarante-huit sections de Paris, avait ordonné qu'une fête nationale aurait lieu en l'honneur de ces soldats rebelles.

18 avril. — « L'agitation de la fête de Châteauvieux

» est passée. Tout est fort tranquille . . . Les gardes » nationaux étaient en colère. Pétion est, dit-on, hon-

» teux de sa conduite. Le lendemain, une pique, avec >/ un bonnet rouge, s'est promenée dans le jardin, sans » bruit, et n'y est pas restée longtemps.

Même jour. — « Le gouverneur de M. le Prince » Royal est nommé d'aujourd'hui. G'estM.deFleurieu, » celui qui a été ministre. L'Assamblée, à cette nou- » velle, a renvoyé la lettre du Roi au comité, pour » savoir si c'est au Roi ou à elle à le nommer. C'est, » dit-on, un honnête homme (1). »

Mesdames essayèrent de nouveau, à cette époque, de décider Madame Elisabeth à venir les retrouver à Rome. Un calme relatif régnait pour quelques semaines dans Paris. Il eût été facile à la Princesse de s'éloigner sans éclat. Ce fut l'abbé de Lubersac qui se chargea d'écrire de leur part à Madame Elisabeth. La réponse de la Princesse est datée du 15 mai. . . « Vous 0 me témoignez, lui dit-elle, le désir de me voir réunie » à mes tantes, qui ont tant de bontés pour moi. . . » Mais il est des positions où l'on ne peut pas disposer » de soi, et c'est là la mienne. La ligne que je dois suivre » m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il » faut bien que j'y reste. Tout ce que je demande, c'est » que vous vouliez bien prier pour moi, pour obtenir » de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il désire !... » (1)

Le 16 mai, elle écrit à Mmtf de Raigecourt pour la dissuader de songer à revenir à Paris, comme il en avait été question. En effet, l'agitation avait recom-

(1) A Mme de Raigecourt. Coll. F. de Conches, p. 404.

(2) A l'abbé de Lubersac. Beaucbesne, t. II. Coll. F. de Cooches, p. 406.

mencé plus vive, et les mauvaises nouvelles de la campagne militaire commencée depuis le mois de décembre 179J provoquaient des émeutes continuelles. L'armée du Centre, commandée par La Fayette, avait envahi les Pays-Bas autrichiens, selon le plan de Dumouriez ; mais les troupes placées sous les ordres des généraux Biron et Dillon avaient été saisies de panique. Les défaites se succédaient. Dillon avait été assassiné le 18 avril. Le 16 mai, on apprenait la désertion de deux régiments.

3 juin. — « Il y a eu du mouvement. . . le jardin » des Tuileries était comble de monde. Lundi, on en- » tourait les sentinelles suisses. L'Assemblée a déclaré » ses séances permanentes, parce que la chose publique » était en danger. Les Suisses avaient, dit-on, arboré • la cocarde blanche. La garde nationale s'est portée » avec zèle au château. Plusieurs disaient aux gardes » de la maison du Roi : « Tenons-nous bien unis, » c'est le moyen d'être plus forts. » Ceux-ci ne de- » mandaient pas mieux. Cependant les motions par- » laient de les licencier. On portait à l'Assemblée des » plaintes sur les chefs. Le lendemain mardi, même » affluence de monde. Lorsque la garde a monté, des » officiers ont été insultés. La garde nationale les a » protégés; elle a fait de fortes patrouilles dans le » jardin. On a fait crier vive la Nation ! aux gardes, » par les fenêtres. Mais les motions augmentaient contre » eux. Enfin, dans la nuit, Brissot Ta emporté. Le dé- » cret contre M. de Brissac a été porté, ainsi que celui » du licenciement, parce que, disait-on, l'esprit de » cette garde était mauvais et que les chefs devaient » en répondre. M. de Brissac a été arrêté dans les Tui-

» leries, sans que Ton eût prévenu le Roi. Lorsqu'il a » sa le décret et le dessein de désarmer sa garde, il a

» pris le parti de la suspendre et de la renvoyer à » l'Ecole militaire, au grand contentement de la garde » nationale, qui l'y a conduite elle-même, au milieu » des cris de Vive la Nation ! et ne voulant pas souffrir » qu'elle marchât le sabre à la main (1) »

Même jour . — « Tout est calme. La garde nationale » a repris ses postes chez le Roi. Il y a eu aujourd'hui » une fête pour le maire d'Etampes. »

iAjuin.— € MM. Servan, Glavières et Roland ont été » renvoyés. MM. Naillac et Mourgues sont nommés. » Le troisième ne l'est pas encore. Le premier passe » aux affaires étrangères ; Dumouriez passe à la guerre; » le second est ministre de l'intérieur. Roland a fait » part à l'Assemblée de son départ, en lui envoyant » une lettre qu'il a écrite au Roi, il y a deux jours, où » il fait entendre que c'est la faute du Roi si tout va » mal ; que d'anciens préjugés en sont cause, et le désir » de conserver ses privilèges (2).

il juin. — Nous avons encore une fois changé de » ministres. Hier, M. de Chambonas a pris les affaires » étrangères; M. de Lajard, la guerre; M. Lacoste » reste. Les autres sont encore in petto. Ceux qui sont » partis voulaient la sanction sur le décret des vingt » mille hommes. Gomme le Roi ne s'est pas soucié » d'allumer la guerre civile, il a mieux aimé accepter » leur démission. La garde nationale en paraît con- » tente. Une grande partie craignait ces vingt mille » hommes et espère à présent le veto (3), »

(1) A Mme de Raigecourt. Coll. F. de Conches, p. 411.

(2) A Mme de Bombelles. Id. p. 412.

(3) A Mme de Raigecourt. Id. p. 413.

22 juin. — t ... Le coup qui vient de nous frapper » est d'autant plus affreux qu'il déchire le cœur et » ôte tout repos d'esprit. L'avenir parait un gouffre, » d'où l'on ne peut sortir que par un miracle de la » Providence (i).

» Depuis trois jours (2), on comptait sur un grand » mouvement dans Paris ; mais on croyait avoir pris » les précautions nécessaires pour parer à tous les » dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étaient » pleins de troupes. A midi, on apprend que le fau- » bourg Saint-Antoine est en marche. Il portait une » pétition à l'Assemblée et n'annonçait pas le projet » de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes » défilèrent devant l'Assemblée ; peu de gardes na- » tionaux ; quelques invalides. Le reste était des » sans-culottes et des femmes. Trois officiers muni- » cipaux vinrent demander au Roi de permettre que » la troupe défilât dans le jardin, disant que l'Assem- » blée était gênée par l'affluence et les passages si » encombrés que les portes pourraient être forcées. » Le Roi leur dit de s'entendre avec le commandant » pour les faire défiler le long de la terrasse des Feuil- » lants et sortir par la porte du manège. Peu de temps » après, les autres portes du jardin furent ouvertes, » malgré les ordres donnés. Bientôt le jardin fût

(1) A l'abbé de Lubereac. Coll. F. de Concbes, p. 414.

(2) A Mme de Raigecourt. Id. p. 414, datée du 3 juillet.

LE JOURNAL. — JOURNÉE DU 20 JUIN i792. 269

» rempli. Les piques commencèrent à défiler en ordre » sous la terrasse de devant le château, où il y avait » trois rangs de gardes nationaux ; ils sortaient par » la porte du Pont-Royal, et avaient l'air de passer » sur le Carrousel pour regagner le faubourg Saint- » Antoine. A trois heures, ils firent mine de vouloir » enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers » municipaux l'ouvrirent. La garde nationale, qui » n'avait pas pu parvenir à obtenir des ordres depuis » le matin, eut la douleur de les voir traverser la » cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le dépar- » tement avait donné ordre de repousser la force par » la force ; mais, la municipalité n'en a pas tenu » compte.

» Nous étions, dans ce moment, à la fenêtre du Roi. » Le peu de personnes qui étaient chez son valet de » chambre vinrent nous rejoindre. On ferme les » portes ; un moment après, nous entendons cogner. » C'étaient Aclocque et quelques grenadiers et volon- » taires qu'il amenait. Il demanda au Roi de se mon- » trer seul. Le Roi passa dans sa première anticham- » bre. Là, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore » trois ou quatre grenadiers qu'il avait engagés à » venir avec lui. Au moment où le Roi passait dans » son antichambre, des gens attachés à la Reine la » firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse » qu'elle, je ne trouvai personne qui m'arrachât d'au- » près du Roi. A peine la Reine l'était-elle, que la y porte fut enfoncée par des piques. Le Roi, dans cet » instant, monta sur des coffres qui sont dans les » fenêtres. Le maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, » Aclocque et une douzaine de grenadiers l'entouré-

Page 1