‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 149 sur 284 · LE JOURNAL. — JOURNÉE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

LE JOURNAL. — JOURNÉE DU 20 JUIN

» La Reine avait été entraînée chez mon neveu. On » avait emporté si vite ce dernier dans le fond de

» l'appartement, qu elle ne le vit pas en entrant chez » lui. On peut imaginer l'état de désespoir où elle fut. » M. Hue, huissier, et M. de Vincent, étaient avec lui ; » enfin, on le lui ramena. Elle fit tout au monde pour » rentrer chez le Roi, mais MM. de Choiseul et d'Haus- » sonville, ainsi que nos dames qui étaient là, l'en em- » péchèrent. Un moment après, on entendit enfoncer » les portes. Il n'y en avait plus qu'une que le peuple » ne put trouver, et, trompé par un des gens de mon » neveu, qui lui dit que la Reine était à l'Assemblée, » il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps » là, les grenadiers et d'autres personnes bien atta- » chées l'entourèrent, et le peuple défila devant elle. » Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête, ainsi » qu'à mon neveu. Le Roi l'avait presque du premier » moment. Santerre, qui conduisait le défilé, vint la » haranguer et lui dire qu'on la trompait en lui disant » que le peuple ne l'aimait pas. Qu'elle l'était et qu'il » l'assurait qu'elle n'avait rien à craindre. « L'on ne » craint jamais rien, repondit-clle, lorsque l'on est » avec de braves gens. » En même temps, elle tendit » la main aux grenadiers qui étaient auprès d'elle, » qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.

» Les députés qui étaient venus, étaient venus de » bonne volonté. Une vraie députation arriva et en- » gagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on me le » dit et que je ne voulais pas me trouver rester » dans la foule, je sortis environ une heure avant lui. > Je rejoignis la Reine, et avec quel plaisir je l'em- » brassai ! J'avais pourtant ignoré les risques qu'elle

Page 1