LA PORTE TRANSMET AU ROI L'OFFRE DE MALOUET
Dieppe et le Tréport, l'évasion offrait de grandes chances de réussite.
Malouet raconte comment sa proposition fut accueillie. Cette fois, ce n'est pas Madame Elisabeth qui Fa reçue. En son absence, il a dû s'adresser à La Porte, intendant de la Liste civile, entièrement dévoué à la Princesse, à laquelle il servait de secrétaire. Il lui a confié le motif de sa venue, et lui a demandé de le mener par un escalier dérobé chez le Roi, ne voulant pas perdre un seul moment. La Porte s'y rend pour l'annoncer. Une demi heure se passe. L'intendant de la Liste civile reparaît fort triste. « Le Roi et la Reine » ne demandent pas à vous voir, dit-il à Malouet. Ils » craignent que vous n'appuyiez sur la proposition de » Mme de Staël. Ne montez donc pas. Leurs Majestés » n'accepteront aucun de ses services. Elles vous char- » gent de lui dire qu'elles sont très sensibles à ce » qu'elle veut faire pour elles, et ne l'oublieront jamais. » Elles ont des raisons pour ne point quitter Paris. » Elles en ont aussi pour ne pas se croire dans un » danger imminent ! (lj »
Voyant l'étonnement de Malouet, La Porte s'expliqua plus clairement. « Oui, dit-il, on est en négocia- » tion avec les principaux Jacobins, et, moyennant de » l'argent, ils se chargent de contenir le faubourg » Saint-Antoine ! » Malouet attribua cette tentative à son collègue Bertrand de Molleville, et s'efforça de faire sentir à La Porte combien il « était fou et même cou- » pable de compter sur de telles ressources. » Les » choses en sont au point, dit-il, qu'il faut s'assurer
(1) Mémoires de Malouet, t. U, p. 150.