‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 16 sur 284 · MADEMOISELLE DE CAUSANS · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE CAUSANS

tristesse de leur sort, désira les connaître, et voulut les attacher à sa petite cour. Mais leur mère se montra opposée à cette intention généreuse. « Pourquoi, disaitelle, rapprocher mes enfants d'un monde qui n'est pas fait pour elles? » Elle apprit à Madame Elisabeth que Mme de Mauléon avait déjà sa place au noviciat du Saint-Sépulcre, à Bellechasse. « Et Mmo de Vincens, s'écria la princesse, pourquoi ne songez-vous pas à la marier ? elle est si gaie, si aimable ! » Mmo de Causans apprit alors à la princesse que sa fille était fort désirée, en effet, par un homme distingué, et qu'elle aimait, le marquis de Raigecourt, mais que, ne pouvant la doter, elle la destinait au même état que sa sœur. Madame Elisabeth rompit l'entretien et demeura rêveuse. Cette infortune si noblement supportée lui inspirait un profond intérêt, tandis que la pensée de cette jeune fille, condamnée à porter au pied de l'autel un cœur brisé, révoltait son âme. Elle eût voulu la dérober à un sort aussi cruel ; mais, sachant qu'elle ne pouvait disposer de sa fortune, elle se trouvait pauvre pour la première fois de sa vie. Une idée s'empara d'elle. On touchait alors au terme de Tannée, et elle allait recevoir en étrennes une somme de trente mille livres, destinée à compléter son écrin. Ce cadeau du roi devait se renouveler tous les ans à pareille époque. Elle se fit apporter ses diamants, qu'elle s'était jusqu'à ce jour proposé d'augmenter avec le plaisir ordinaire à son âge, et vit resplendir ces boucles d'oreilles en girandoles, ces agrafes de corset, ces gerbes de brillants, ces émeraudes en poires et ces esclavages de perles, tous d'une extrême richesse, mais de forme ancienne et démodée. Le grand luxe des princesses était de porter

Page 1