LES OMBRES CHINOISES
une parure de pierreries différente à chaque grande fête, et Ton sait quel éclat en résultait, et quel prix les dames de la cour attachaient alors à ces fastueux ornements. Quand elle eut remis ses cassettes aux personnes chargées de les garder, elle se rendit chez la reine sa bellesœur. « Promettez-moi, lui dit-elle, de m'accorder ce que je vais vous demander. » Marie-Antoinette hésite et questionne la jeune princesse, dont l'émotion était vive. « Eh bien, lui répond-elle d'une voix tremblante, » Mme de Causans pourrait marier sa fille ; mais elle • n'a rien à lui donner et je voudrais la doter. Ilfau- » drait cinquante mille écus. Obtenez-moi du roi qu'il » m'avance pour cinq ans les trente mille livres qu'il » me donne tous les ans pour mes diamants, et, ajoute » Madame Elisabeth en rougissant, mes vœux seront » comblés ! » Elle eut bientôt la réponse, car le roi était entré pendant la conversation. Il avait tout entendu et il accorda tout. Mademoiselle de Causans épousa ainsi M. de Raigecourt.
Ce ne fut pas la seule victoire de l'aimable princesse sur la sévérité maternelle de sa vieille amie. La seconde fille de Mme de Causans avait, malgré son intention d'entrer au couvent et la défense absolue de sa mère, un vif désir d'entrevoir la cour de Madame Elisabeth. Un soir (1), il y avait réunion dans le salon de la princesse; on jouait aux ombres chinoises. Elle dirigeait les ombres, et les dames, à tour de rôle, étaient appelées à deviner le nom des personnes qui
(1) Note de M. le vicomte de Causans, insérée dans l'édition de l'Eloge de Madame Elisabeth, par le comte Ferrand, publiée en 1861.