‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 167 sur 284 · TRAHISON DE PÉTION RACONTÉE PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

TRAHISON DE PÉTION RACONTÉE PAR LUI-MÊME

sur sa propre demande, afin de livrer les Tuileries et la famille royale à l'émeute, sans que son honneur de maire fût entaché d'une telle responsabilité.

Pétion lui-même, ne pouvant résister à l'orgueil de se vanter de son habileté, a raconté cette infamie dans une lettre à Robespierre :

«... Carra (1) m'avait aussi prévenu. Il m'avait » ajouté de plus : nous vous mettrons en règle ; on » vous empêchera de sortir... Eh bien! apprenez » maintenant que, quoique l'on eût projeté de me » consigner, on oubliait, on tardait de le faire. Qui » croyez-vous qui envoya, par plusieurs fois, presser » l'exécution de cette mesure ? C'est moi ! oui, c'est » moi ! parce que, aussitôt que je sus que le mouve- » ment était général, loin dépenser à l'arrêter, j'étais » résolu à le favoriser ! (2) »

A trois heures du matin, la voiture de Pétion, qui attendait dans la cour des Tuileries, fut renvoyée. « Au moment où cette voiture sortait, raconte Rœde- » rer, ou ouvrit un contre-vent du cabinet du Roi » pour voir ce que c'était. Le jour commençait à » luire. Madame Elisabeth alla à la croisée ; elle re- » garda le ciel qui était fort rouge, et elle dit à la » Reine, qui était restée au fond du cabinet: « Ma » sœur, venez donc voir le lever de l'aurore ! » et la » Reine y alla. Ce jour-là, elle vit lever le soleil pour » la dernière fois 1 »

A quatre heures, on apporta la nouvelle de l'assassinat de Mandat, qui s'était rendu à l'Hôtel- de-Vil le

(1) Rédacteur des Annales patriotiques, et l'un des membres du parti de Brissot.

(2) Mémoires de Pétion.

pour recevoir de nouveaux ordres de Pétion. La tête de l'infortuné commandant en chef de la garde nationale fut promenée dans les rues. A cinq heures, l'opinion de se défendre avec vigueur prévalait dans le conseil du Roi, et Madame Elisabeth partageait les nobles efforts de la Reine pour encourager Louis XVI dans cette résolution. Toutes deux à ce moment suprême redoutaient sa lenteur et son incertitude, et comprenaient l'importance de montrer une énergie à toute épreuve, d'électriser par des paroles chaleureuses et par une attitude militaire les troupes dévouées qui soutenaient encore la cause monarchique. Elles se joignirent aux ministres pour lui demander « d'aller visiter les postes et d'encourager les braves gens qui devaient défendre à la fois et sa personne et sa famille, » et sa couronne, et la constitution. » Peltier, qui le premier écrivit l'histoire de cette journée, a retracé cette revue des postes intérieurs du château dans les termes suivants :

<c Le Roi avait veillé toute la nuit. Ses cheveux » étaient en désordre. Cependant, il avait conservé » son habillement de la veille. En habit violet uni, le » chapeau sous le bras et l'épée au côté, il alla d'abord » visiter les postes du château. La Reine, les enfants, » Madame Elisabeth, la princesse de Lamballe l'ac- » compagnèrent dans cette première visite. Des té- » moins oculaires m'ont rapporté qu'il avait l'air très » affecté, mais toujours bon, les yeux humides, et » néanmoins le sourire sur les lèvres. Il fit entendre » ces paroles souvent entrecoupées : « Eh bien I on » dit qu'ils viennent l. . . Je ne sais pas ce qu'ils veu- » lent ! ... Je ne me séparerai pas des bons citoyens.

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