REVUE DES POSTES EXTÉRIEURS DU CHATEAU
» Ma cause est la leur. » La Reine aussi disait quel- » ques mots. Elle paraissait étouffer avec beaucoup » de peine les sanglots qui agitaient sa poitrine. Sa » lèvre autrichienne et son nez d'aigle, plus pleins que » de coutume, donnaient à sa physionomie un air de » majesté dont il est difficile de se faire une idée, à » moins de l'avoir vue dans ce moment-là. » (1)
La revue des cours, où les princesses n'accompagnèrent pas Louis XVI, fut mauvaise. Retournées dans le cabinet du Roi, elles entendirent des cris séditieux, des huées. Louis XVI visitait les troupes réunies sur Ja terrasse du palais et au Pont-Tournant. Salué par quelques bataillons fidèles, il fut injurié et menacé par les autres. En revenant au château, il courut de graves dangers, et put s'apercevoir que le nombre des agresseurs était déjà supérieur à celui des défenseurs. « Le Roi était pâle, en rentrant, comme s'il eût cessé » d'exister » dit un témoin (2). La Reine et Madame Elisabeth se regardèrent avec une morne consternation. Les nobles femmes voyaient se réaliser leurs craintes. En effet, la timidité de Louis XVI, l'incohérence de ses paroles avaient désarmé ses partisans.
Alors eut lieu une autre scène, dernière consolation des princesses durant cette cruelle journée, dernier hommage rendu au malheur immérité de Louis XVI. A sept heures et demie, au moment où le Roi rentrait morne et humilié, les gentilshommes qui avaient passé la nuit au château, les anciens officiers de la maison du Roi et quelques courageux jeunes gens qui s'étaient
(1) Peltier. Dernier Tableau de Pam, t. II. Le dix août, (i) Mme Campan. Mémoires.