‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 18 sur 284 · LES OMBRES CHINOISES · texte numérisé non relu

LES OMBRES CHINOISES

passaient derrière la toile. La marquise de Causans était de la partie. La princesse envoya secrètement à une femme de Mlle de Causans l'ordre formel de l'amener de suite, sans lui permettre de changer de costume. Cette personne obéit. M1,e de Causans, dont le cœur battait vivement, traverse les appartements, assez embarrassée de la simplicité de ses ajustements. Tout à coup, une porte s'entr'ouvre, Madame Elisabeth paraît, arrange la coiffure de la jeune fille , drape une mousseline sur sa robe, lui enseigne rapidement les attitudes à prendre et retourne au salon. Bientôt une ombre charmante se dessine sur la toile, passe et repasse en s'acquittant des révérences de cour avec une parfaite connaissance de l'étiquette. Les spectateurs intrigués cherchent en vain le nom de cette gracieuse apparition. Seule, Mme de Causans a reconnu la taille et les traits de sa fille. Mais comment supposer que la petite novice du Saint-Sépulcre, qui ne sait ni danser, ni saluer, qui n'a d'autre parure que son ruban de pensionnaire et sa croix de chanoinesse, soit arrivée derrière cette toile, bravant les plus rigoureux des ordres. Quelques minutes d'hésitation se succèdent ; enfin , la mère offensée, mais ravie , devine, se lève et s'écrie, s'adressant à la princesse: « Ah ! Madame ! quelle trahison ! » La joie fut très vive de part et d'autre, et la future religieuse, présentée ainsi à la cour, emporta le souvenir de cette jolie scène, qu'elle aimait à rappeler à sa jeune sœur (1), lorsque la Révolution, la chassant du cloître, la rendit à la vie de famille.

(i) La comtesse d'Ampurie, devenue la comtesse de Schule un bourg.

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