‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 186 sur 284 · MONSIEUR HUE ET MADAME ÉLISABETH · texte numérisé non relu

MONSIEUR HUE ET MADAME ÉLISABETH

Sa prière achevée, elle dit à Hue : « C'est moins » pour le Roi malheureux que pour son peuple égaré » que je prie. Daigne le Seigneur se laisser fléchir et *> jeter sur la France un regard de miséricorde I »

M. Hue lui demanda la permission de copier cette prière. Elle la lui remit écrite de sa main le jour suivant. C'était pour Madame Elisabeth une touchante manière de témoigner sa reconnaissance à l'homme dévoué qui, seul alors, servait les prisonniers et subissait courageusement les tracasseries, les persécutions mesquines des municipaux, en attendant qu'il se vit exposé à des dangers plus graves. Elle le voyait quelquefois écrasé de fatigue, pourpre d'indignation quand il entendait insulter ses maîtres, et savait qu'il souffrait plus pour eux que pour lui-même. N'ayant rien à lui offrir que le secret (si l'on peut s'exprimer ainsi) de sa propre sérénité, de sa patiente abnégation, elle le lui donnait avec l'espoir que ce serait pour lui un souvenir de ce temps d'épreuves, s'il en sortait heureusement. Le fidèle serviteur la comprit, il s'attendrit en recevant cette page d'une si divine éloquence dans sa naïve simplicité. « Allons, lui dit-elle, » du courage I Dieu ne nous envoie jamais plus de » peines que nous n'en pouvons supporter. »•(!). Et elle reprit paisiblement sa tâche, retardée par l'entretien, tandis que les gardiens l'observaient avec une malveillante curiosité.

« La vois-tu, cette s. Elisabeth, disaient-ils. Est-elle » assez fière ? Il faut qu'elle sache quelque chose et » qu'elle ait quelque correspondance avec les ci-devant

(1) Hue. Dernières années de Louis XVI.

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» princes, ses parents. Elle est plus tranquille que » nous. » (l).

Hélas 1 ils se trompaient. Toute correspondance avait alors cessé entre Madame Elisabeth et ses chers émigrés. Ce qu'elle pouvait savoir des événements qui s'accomplissaient hors du Temple, elle l'apprenait de Hue, qui écoutait crier les colporteurs de journaux qui passaient sous les murs de l'enclos des tours. On a dit que quelques-uns de ces individus étaient des royalistes déguisés, envoyés par Mme la comtesse de Sérent, l'une des dames de Madame Elisabeth, que nous retrouverons ensuite toujours dévouée, infatigable au milieu des dangers les plus graves (2). La correspondance de Fersen signale aussi un étranger qui serait parvenu à s'introduire, sous l'habit d'un ouvrier, dans la petite tour, et qui aurait pu s'assurer ainsi des humiliations que subissaient les princesses. « Madame » Elisabeth était vêtue d'une petite robe du matin en » indienne et coiffée d'un bonnet du matin. Elle est » si changée que vous ne pourriez la reconnaître. » « ... Les Princesses ne peuvent obtenir une femme » de service pour laver et nettoyer les chambres (3). » Quelques mémoires inédits assurent que M. deTourzel venait parfois se joindre aux crieurs de journaux, et tentait de donner quelques avertissements auxprison-

(1) Cléry. Mémoires.

(2) Bonne-Marie-Félicité de Montmorency Luxembourg, née le 18 février 1739, mariée à Armand-Louis de Sérent, gouverneur des ducs d'Angoulême et de Eerry. La comtesse de Sérent devint duchesse à la Restauration et mourut le 4 février

(3) Le comte de Fersen et la cour de France, II.

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