MADAME ÉLISABETU DANS LA GROSSE TOUR
beth était la seconde à gauche en entrant. Le mobilier de cette pièce se composait d'un lit de fer garni d'une « housse de toile de Jouy, doublée de taffetas vert ; » une commode en placage à dessus de marbre ; » une table en noyer, deux chaises et deux de ces fau- » teuils style Louis XV appelés cabriolets, recouverts » en perse rose et bleue. • (1) Sur la cheminée était une glace et deux flambeaux argentés. Les époux Tison occupaient la pièce voisine, espionnant à la fois et la famille royale et les municipaux, et tout en servant les captives, surveillant le maintien des commissaires de service, pour en rendre compte à la Commune.
Ce triste couple était, par ces raisons, un odieux voisinage pour Madame Elisabeth. De plus, il était en proie à des divisions intestines. Les discussions orageuses des deux époux troublaient souvent les heures de sommeil de la pauvre captive, et les moments où retirée dans sa chambre, elle demandait à la prière et à la méditation les forces qui lui étaient si nécessaires. Aucune chapelle royale ne fut témoin de sacrifices plus méritoires et plus chrétiens que cette cellule d'une sainte, où la lumière des cieux pénétrait à peine, où nul emblème religieux n'était toléré par les geôliers, mais là où pénétraient invisibles, les bénédictions de l'abbé Edgeworth, ses conseils, ses exhortations, envoyés par de simples et ingénieux moyens qui défiaient les espionnages des Tison et la surveillance du conseil du Temple.
Menacé de mort dès le 40 août, l'abbé Edgeworth
(1) Inventaires faits le 25 octobre 1792 et le 19 janvier 1793. Archives, carton E, n° 6, p. 206.