SORT DE L'ABBÉ EDGEWORTH
avait échappé au massacre du 2 septembre. Les égorgeurs de la prison de Saint-Sulpice, avaient pénétré dans la maison des missionnaires de la rue du Bac, où il demeurait, et assassiné les prêtres dans leurs cellules. Devant celle où priait, en attendant la mort, le confesseur de Madame Elisabeth, la Providence les avait arrêtés. Lassés, ils s'étaient retirés sans frapper. Les jours suivants, Fabbé s'était réfugié chez sa mère, puis chez un ami, le baron de Lézardière, qui habitait le village de Choisy, à trois lieues de Paris. « M. Edgeworth y prit, raconte Mlle de Lé- » zardière (J), un appartement, sous le nom d'Essex, » chez un sieur Boulachin. » 11 passait pour un Anglais ruiné, ayant fui Paris par amour pour la tranquillité (2). « Mais à peine, continue l'abbé Edge- » worth, avais-je passé quelque temps dans cette » solitude, que M. l'archevêque de Paris (M. de » Juigné) fut obligé de quitter son diocèse, et il m'in- » vestit de ses pouvoirs, en me chargeant de gou- » verner son troupeau. Commission bien imposante » en tout temps, assurément, mais qui, dans la con- » fusion horrible qui alors régnait partout, était bien » au-dessus de mes moyens et de mes talents. Cepen- » dant, il était de mon devoir de lui obéir, et, dès » lors, je ne songeai qu'au moyen de rentrer dans » Paris. »
Ainsi s'élevait subitement, dans l'Eglise de France, l'humble prêtre auquel Madame Elisabeth avait accordé
(1) Lettre de II"* de Lézardière à M. le Directeur de la Quotidienne, 20 janvier 1815. (Collée*, de M. G. Bord).
(2) Lettre de l'abbé Edgeworth à son frère, Usher Edgeworth. (T. de l'anglais).