ÉLÉVATION DE L'ABBÉ EDGEWORTH
sa confiance, en raison de la modestie de son caractère et de l'obscurité de son existence. L'abbé Edgeworth, en 1 792, avait reçu de M . de Juigné , archevêque de Paris (i ), des pouvoirs de grand vicaire (2) . Il se trouva de la sorte à la tête du conseil archiépiscopal à l'époque la plus critique de notre histoire, et représentait le prélat luimême auprès de la famille royale. Madame Elisabeth eut-elle connaissance de cette circonstance ? On n'oserait l'affirmer. L'abbé Edgeworth, dans son humilité, n'avait vu dans l'acte de confiance de l'archevêque de Paris, dans la déférence des prêtres éminents qui formaient le conseil, qu'une « commission bien impo- » santé. » Il se bornait à envoyer à la sœur du Roi des consolations spirituelles et des avis relatifs à la direction de sa conscience, sans entrer dans d'autres détails. Mme la comtesse de Séran, Mma de Sénozan, sœur de Malesherbes, M. de Lézardière servaient d'intermédiaires entre la prisonnière et l'abbé Edgeworth. Les courtes lettres de ce dernier étaient glissées dans des pelotons de laine, dans des feuilles de missel. Les prisonniers ayant encore, à cette époque, la permission de se procurer des livres, ceux qui parvenaient à Madame Elisabeth, par le moyen de ses amis, apportaient ainsi de doubles consolations à sa détresse.
« La grosse Elisabeth, écrivait le journal de Pru- » dhomme, n'a pas encore pris le maintien modeste
(1) Antoine-Eléonor-Léon Leclerc de Juigné, émigré d'abord en Suisse et ensuite à Àugsbourg, mort à Paris en 1811. Il avait été remplacé par Gobet, évêque assermenté, mais continuait à s'occuper de son diocèse jusqu'à ce moment.
(2) Vie de M. Emery, 1. 336.