CLÉRY APPREND LE PROCÈS DU* ROI
saires dont ils préparaient les repas. Un petit pâtissier nommé Caron leur avait été adjoint et partageait les mauvais traitements imposés à ses camarades. Ceux-ci avaient bientôt compris la nature des services qu'ils pouvaient rendre à la famille royale. Depuis plusieurs semaines, ils procuraient à Hue et à Gléry de discrètes informations sur les événements de Paris, et favorisaient leurs rapports avec les royalistes cachés dans le quartier du Temple.
Le redoublement de sévérité établi au 1er décembre indiquait rapproche d'une crise nouvelle dans la situation des prisonniers. Rien cependant ne pénétrait dans la tour, fermée à toute communication extérieure depuis la maladie du Roi et les visites de Le Monnier, quand le 6 décembre, Mmo Gléry vint chez son mari, avec une de ses parentes, sous prétexte de lui apporter du linge. Pendant que Tune des femmes parlait à haute voix et donnait force détails sur ses affaires domestiques pour détourner l'attention des surveillants, l'autre disait à voix basse à Gléry : « Mardi prochain, on conduira le Roi à la Convention. » Le procès va commencer. Le Roi pourra prendre » un conseil. » Gléry avertit aussitôt son maître, et la Reine et Madame Elisabeth reçurent ensuite la terrible confidence. Le lendemain, vers le soir, un municipal, à la tête d'une députation de la Commune, vint lire au Roi un arrêté qui ordonnait d'enlever aux détenus du
NOUVELLES RIGUEURS
Temple, ainsi qu'à ceux qui les servaient, toute espèce d'instruments tranchants où autres armes offensives où défensives. On n'agit ainsi qu'envers les prisonniers réputés criminels. L'ordre fut exécuté avec une extrême rigueur, excepté aux heures des repas, où Ton toléra les couteaux et les fourchettes.
Dès lors les princesses furent obligées de renoncer aux petits travaux qui contribuaient à les distraire des ennuis de leur captivité : aiguilles à tapisserie, aiguilles à tricoter, tout fut livré aux commissaires soupçonneux II fallut leur abandonner les étuis d'or, les nécessaires armoiriés, derniers souvenirs des temps passés. On ne laissa que ce qui était indispensable pour le raccommodage des vêtements. Après cette triste scène, dans la soirée, Madame Elisabeth eut à recoudre un habit du Roi. Elle ne songeait plus à lui cacher ses services, comme au commencement de son séjour au Temple. Privée de ciseaux, elle rompit le fil avec ses dents : « Quel contraste, lui dit Louis XVI » en soupirant. Pauvre sœur ! il ne vous manquait » rien dans votre jolie maison de MontreuÛ ! » « — Ah ! mon frère, répondit-elle avec un sourire ; *> puis-je avoir des regrets quand je partage vos • malheurs. »
Le dévouement de la Princesse, la sérénité qu'elle conservait, inspiraient une respectueuse admiration non seulement à Cléry, mais à ceux des municipaux qui cachaient un cœur sensible sous leur grossière apparence. Hors du Temple, ils parlaient à leurs familles de Madame Elisabeth avec vénération. Ce sentiment se répandait dans le peuple et inquiétait la faction jacobine. Des journaux payés pour calomnier, dans d'in-