‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 210 sur 284 · LA NUIT DE NOËL EN · texte numérisé non relu

LA NUIT DE NOËL EN

du corridor, et se mit à causer tranquillement avec les commissaires de la Commune. A huit heures, le Roi quitta un instant ses défenseurs, passa dans le corridor, reçut le précieux billet que la main de sa sœur laissait descendre de l'étroite fenêtre du troisième étage, attacha à la ficelle celui qu'il avait préparé et rentra dans la chambre où ses défenseurs étaient en conférence. Chaque soir, jusqu'au dernier jour de sa vie, le Roi échangea ainsi de tendres consolations avec son infortunée famille. Chaque soir, au moment où la triste horloge de la prison sonnait le terme d'une longue journée de douleur, le Ûl invisible glissait le long des pierres noires et humides de la massive muraille, et venait déposer dans la main du malheureux père, une feuille de papier toute mouillée de larmes et de brouillard, dont chaque mot apportait à son cœur un trésor de souvenirs et d'émotions ! (1) Puis, à leur tour, les prisonnières recevaient, un instant après, les bénédictions de l'infortuné, et les enfants collaient leurs petites bouches sur les lignes tracées par leur père et s'endormaient moins tristes et moins découragés.

Le 25 décembre les municipaux se montrèrent tardifs à prendre leur service auprès des princesses. L'un d'eux avait le visage meurtri et balafré. Ses camarades le questionnèrent. Il raconta qu'il avait obéi à un ordre de Chaumelte, enjoignant au nom de la

(1) Beauchesne. Vie de Madame Elisabeth.

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